Avis de tempête

Il est de coutume de parler d’Etat de droit, de démocratie pleine et entière, lorsque la légitimité politique, la légitimité populaire se fait légalité. Lorsque le pouvoir constituant se transforme durablement en pouvoir constitué. Lorsque prévalent sur les désirs individuels, sur les visées partisanes une hiérarchie des normes ferme et inamovible, un corps de lois obligatoires pour tous, des droits consacrés. En aucun cas, une substance politique ne peut s’affirmer contre cette forme constitutionnelle. Car violer les normes qui mettent en œuvre le principe d’égalité devant la loi revient ni plus ni moins à violer la substance démocratique d’un gouvernement. Or il est manifeste que cette primauté de la norme, de ce corps de droits consacrés visant à prémunir les citoyens contre l’arbitraire est aujourd’hui grandement menacée, en Italie, par Silvio Berlusconi et son gouvernement. Nous assistons, en effet, à une véritable guerre déclarée par le premier ministre et dans laquelle sont entraînés, malgré eux, l’ensemble des pouvoirs institués du pays. Le gouvernement, devenu une tranchée où généraux et colonels mènent une lutte sans merci pour assurer la survie du premier des leurs. Le Parlement, désormais un tribunal populiste hurlant à la mise à mort des juges séditieux. Le Président de la République, garant d’une Constitution sans cesse malmenée, bafouée par un législateur oublieux de l’intérêt général. L’heure est grave et il y a lieu de s’en rendre compte. Les démocraties occidentales, les partenaires européens de la Péninsule doivent en prendre pleinement conscience. Entre le 28 février et le 6 avril reprendront (ou prendront cours) les débats relatifs à cinq procès pénaux impliquant, au titre d’accusé, le premier ministre. Corruption, abus de pouvoir, prostitution de mineurs d’âge. Tels sont les chefs d’accusation. Les peines d’emprisonnement encourues sont extrêmement lourdes. M. Berlusconi a d’ores et déjà déclaré qu’il refusait la légitimité à le juger du pouvoir judiciaire. Qu’il utiliserait tous les moyens possibles pour éviter de répondre de ses actes. Sur ce terrain comme sur tous les autres, tous les partis de la majorité sont derrière lui. Sans exception. Comme un seul homme. Indifférents à la gravité des méfaits. Indifférents à l’inadéquation morale et politique de M. Berlusconi à sa charge. Indifférents à la dramatique fragilité de l’institution exécutive. Indifférents à la paralysie du pays qu’engendre cette même fragilité. Chaque jour, des membres de l’opposition quittent leur parti d’origine pour rejoindre, en échange de deniers sonnants et trébuchants, les rangs de la coalition de centre-droit. De nouveaux mouvements politiques se sont constitués sur base de ces dissidences pour renforcer les troupes berlusconiennes dans les commissions parlementaires. Le dispositif belliqueux est donc en place. Prêt à l’affrontement. De février à avril, la guerre sera totale. Disons-le sans ambages : la survie de la démocratie italienne, dans sa substance, est mise à mal. Il en va désormais de sa survie. Espérons que les forteresses du droit ne s’écrouleront pas définitivement comme des digues emportées par la tempête.

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