Bande dessinée : Énard en-dehors, Vivès en-deçà


Prendre refuge est la première incursion dans la bande dessinée de Mathias Énard, auteur de l’un des romans les plus ébouriffants de ces dernières années, Boussole, et fin spécialiste de l’Orient. Et la dessinatrice libanaise Zeina Abirached en signe l’illustration. Illustration ? Oui, bien sûr, mais plus encore : ce gros volume de 344 pages, alternant deux histoires -l’une suit, de nos jours à Berlin, une histoire d’amour entre un Berlinois et une réfugiée syrienne venue d’Alep, l’autre se passe en Afghanistan, devant les statues de Balyan, où, en 1939, se croisent les écrivaines Ella Maillart et Annemarie Schwarzenbach et un couple d’archéologues – est d’abord une œuvre graphique sans beaucoup de dialogues (les 50 dernières pages en sont quasiment totalement dépourvues). Car c’est par le dessin noir et blanc, extrêmement stylisé, parfois aux limites de l’abstraction, que l’histoire est d’abord racontée. On est ici dans un principe inversé de la BD traditionnelle où le dessin est au service du scénario. Prendre refuge est un album empli de poésie, dépaysant, vraiment novateur, qui se démarque totalement de la production courante. (Casterman)



La nouvelle bande dessinée de Bastien Vivès, auteur actuellement au centre d’une polémique avec son album érotique Petit Paul, est, en revanche, une déception. L’idée est pourtant prometteuse : comment une étudiante un peu transparente, dont la vie de couple est sans surprise et qui s’ennuie dans l'existence, se trouve métamorphosée en portant le chemisier en soie que lui a prêté le père de la fillette où elle fait du babysitting. Elle ne cesse alors d’être abordée par des garçons et d’être draguée par des hommes plus âgés, tel son prof ou un policier rencontré par hasard. C’est un peu court, facile, et finalement assez déplaisant, le dessinateur donnant libre court à ses fantasmes érotiques stéréotypés, voire sexistes. Et le dessin noir et blanc, assez conventionnel, ne sauve pas la mise. (Casterman)