Barbares

Les images ignobles du lynchage de Kadhafi nous rappellent que, plus que jamais sans doute, notre monde se trouve aux lisières de la barbarie, avec déjà plus qu’un pied engagé du mauvais côté. Bien sûr, la fin du règne d’un tyran est une bonne nouvelle ; mais on ne peut s’empêcher de mettre en parallèle ces images et ces événements avec la fin des Ceausescu. Là déjà, des tyrans qui méritaient d’être destitués, mais un simulacre de procès et un assassinat qui inscrivaient leurs juges dans la même barbarie que les condamnés. Le printemps arabe a soulevé un formidable courant d’espoir ; les élections tunisiennes, même si elles se déroulent dans un climat moins euphorique que celui qui prévalait après le départ du despote, restent un événement extrêmement positif ; mais qu’en sera-t-il en Égypte, où les tueries inter-religieuses ont repris ? Quant à la Libye, le fait que nos armées aient soutenu les rebelles n’est absolument pas un gage de moralité pour ceux-ci — n’avons-nous pas souvent soutenu Kadhafi, à tel point que sa mort, aujourd’hui, soulage certainement nombre de gouvernements occidentaux ?

La barbarie nous cerne de toutes parts. Celle de la violence physique, visible, criante ; celle, plus insidieuse, des marchés et des banques, qui se pare de raison. Les spéculateurs de tous poils qui jouent sur les dettes et les matières premières pour s’enrichir, plongeant des pays « riches » dans la récession et leurs populations dans la précarité et l’endettement. Pire encore, contribuant à ce que Jean Ziegler, dans son dernier livre paru aux éditions du Seuil, qualifie de  « destruction massive », ces vautours modernes accroissent la menace de la faim et le nombre de ses victimes, alors qu’une gestion saine et raisonnable des ressources permettraient, selon les analystes, de nourrir sans problème 12 milliards d’être humains. La barbarie, c’est aussi quand les gouvernements légitimes ne contrôlent plus rien et passent leur temps à coller des rustines et à écoper une barque pourrie. Le sauve-qui-peut est synonyme d’égoïsme ; les fonds européens et mondiaux pour l’aide alimentaire disparaissent. Et si l’Europe, demain, exige l’effacement de la dette grecque, par crainte de tuer l’euro, aura-t-elle le courage d’exiger la même mesure pour l’exorbitante et insolvable dette du Tiers Monde ?

Mes parents, au sortir de la barbarie nazie, se sont battus pour que leurs enfants aient un avenir meilleur, pacifié, serein. Quel sera l’avenir de nos enfants ? Peut-on trouver des raisons d’espérer dans ce crépuscule planétaire – et je n’ai rien dit de la menace écologique ! On aimerait… Et peut-être notre pays en est-il l’illustration ? Sous la menace de ces barbares modernes que sont les agences de notation, on a réussi à mettre de côté les pires nationalistes, à commencer par le pire d’entre tous, Maingain, et à trouver des solutions à des problèmes institutionnels qui nous pourrissaient la vie depuis des années. Sans cela, n’est-il pas probable qu’à ce jour, nous serions en train d’organiser de nouvelles élections, dont on savait d’avance qu’elles conduiraient inéluctablement à la disparition du pays ? Bien sûr, nos responsables politiques ne risquent pas d’être lynchés, et ce sont tous d’authentiques démocrates ; mais les prédateurs qui nous menacent sont aussi terrifiants. La peur est parfois salutaire. Elle ramène les enjeux à leur juste proportion et rétablit les priorités. Il est grand temps de retrousser les manches, tous ; non seulement les responsables politiques, mais chaque citoyen, que ce soit à travers des initiatives comme le G1000 ou dans le quotidien. Il ne faut plus se tromper d’ennemi ; les Etats doivent reprendre la main, cesser de pactiser avec des ordures sous prétexte qu’elles sont supposées moins dangereuses que d’autres, réduire la puissance des agences de notation, contrôler, voire nationaliser les banques en déroute. En clair, déclarer la guerre à l’ultralibéralisme qui fait du cynisme une vertu et du gain la seule priorité.

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