Bart barst ?

La récente « consultation à distance » du pédopsychiatre Hayez, affirmant que Bart De Wever « apprécie que les francophones le détestent, qu’il ne veut pas être compris par eux », dévoilant ainsi « sa grande volonté de puissance et sa personnalité dominante », et finissant en apothéose en le qualifiant (rappel de sa discipline ?) d’ « enfant-roi, capricieux et sans limite », est une nouvelle démonstration de la profonde méfiance qu’inspire le personnage, et qui est même étalée en se délestant de la moindre once de déontologie, puisque l’analyste ne fait pas mystère d’avoir posé son diagnostic sur la seule base d’images de télévision.

Naturellement, Bart n’est pas exactement un modéré. Sa risible campagne de 2005, quand, « pour symboliser et remettre en cause certains transferts entre le Nord et le Sud », il amena des camions bourrés de faux billets de banque au pied de l’ascenseur de Strépy-Thieu, ne plaide pas en sa faveur. De même, le programme économique de la n-va n’est pas un modèle de progressisme : opposition radicale à toute hausse d’impôts, diminution des dépenses de l’Etat (à concurrence de 22 milliards d’euros d’ici à 2015) par le biais d’une limitation des allocations de chômage dans le temps, de la suppression des prépensions ; de la prolongation de la carrière de travail et de la réduction du nombre de fonctionnaires, régionalisation de l’impôt des sociétés et de pans entiers de la sécurité sociale comme de la SNCB. Bref, un programme largement néo-libéral, encore renforcé par les accointances manifestes du parti avec le VOKA, l’organisation patronale flamande, dont BDW se proclame ouvertement le représentant à la table des négociations. A cet égard, il sera instructif d’observer la tentative de synthèse pour aboutir au programme socio-économique de l’éventuel futur gouvernement fédéral, tant les vues des uns (francophones, plus ou moins à gauche) et des autres (flamands, à droite toute) paraissent aux antipodes les unes des autres. Si on en arrive là, bien sûr, puisque les écueils multiples liés à la réforme de l’Etat auront dû au préalable être écartés…

Le fait même que les francophones en soient encore à se demander, après tant de jours (163 pour l’heure) de crise politique, quelles sont les intentions réelles de la n-va ; autrement dit leur incapacité à déterminer depuis le début si Bart De Wever cherche sincèrement un accord ou s’il se contente de refuser tout compromis pour démontrer que plus rien n’est possible à deux, ce fait même interpelle. Ou bien il serait une sorte de maître tacticien, aux capacités stratégiques presque irréelles et magiques. Ou alors… On argue que la n-va affiche une volonté de rupture et que ses idées suscitent l’étonnement et l’inquiétude de nombreux citoyens, parce qu’elles débordent du cadre strictement belge ; le leader de ce parti représentant lui-même un curieux mélange d’idéologue et de créature médiatique, soufflant en permanence le chaud et le froid.  Il est donc légitime, selon les éditorialistes, qu’elles soient soumises à l’examen et à « l’objectivation » des experts. Certes.

En même temps, c’est essentiellement un pragmatique. Au stade actuel, sa volonté me semble être de pérenniser son mouvement et de l’installer dans le paysage politique flamand (donc, par extension, belge). Pour cela, il lui faut des résultats (car rien ne dit, en dépit des tendances dans les instituts de sondage, que de nouvelles élections, avec pour seul argument la dénonciation de l’inertie des francophones et de leur refus de se voir « responsabilisés », seraient nécessairement payantes). En pratique, cela signifie simplement que, si la Belgique a connu cinq réformes institutionnelles depuis 1970, soit en moyenne une tous les huit ans, la n-va veut imposer l’équivalent de deux voire trois réformes de ce cycle normal, en compressant leur contenu dans une seule sixième, qui est en discussion. Elle est en position d’obtenir ce raccourci. Et, au fond, BDW est-il si isolé ? Il peut l’être quelquefois (par exemple ces jours-ci sur la perspective d’un Plan B, « faisable mais très compliqué », d’indépendance de la Flandre) ; mais, au cœur des négociations, il fédère les autres partis du Nord. Car le fond de la question, que les francophones n’ont pas encore commencé à méditer, est celui-ci : quelle que soit l’allure, vive ou lente, de la marche flamande vers la voie de l’autonomie, en tout cas l’essentiel, pour tous les partis, est de ne jamais accepter de recul qui ralentirait cette marche.

Mais ce n’est pas la seule difficulté de perception des francophones. Il est oiseux de prétendre que la Flandre serait à la merci des fanatiques du Vlaams Belang, en omettant de dire cette simple réalité que, nulle part, jamais, ni au Vlaamse Regering ni dans aucune des 308 communes flamandes, ce triste mouvement n’a même été associé au pouvoir, depuis vingt-cinq ans qu’il pollue les esprits – en corollaire, et tant mieux, ces pantins sont partout en régression. D’autre part, les francophones ont tendance à faire confiance à des politiques flamands qu’ils jugent modérés et raisonnables, et aptes aux compromis : c’était le cas de Jean-Luc Dehaene et de Guy Verhofstadt, par exemple. Mais Dehaene, dans son Plan miracle tôt avorté au printemps 2009, comme auparavant Verhofstadt durant son bref intermède de trois mois au 16 avant qu’il cède le relais à Leterme en mars 2008, avaient chacun échafaudé des solutions très unilatérales (notamment en prônant la scission de BHV), en les présentant immanquablement comme équilibrées.

Ce sera encore le cas avec les propositions attendues de Johan Vande Lanotte, qui seront bien à son image : sérieuses, difficiles à refuser et très flamandes.

#BartDeWever

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