Bilan judiciaire

Donc, 2010 est derrière nous. 2011 a commencé en mode mineur. Après le franchissement sans naufrage des orages érotico-politiques de novembre et décembre, le rejet à trois voix près de la motion de méfiance déposée contre son exécutif par la gauche et le félon Fini, Silvio Berlusconi reprend des forces. Et, semble-t-il, il réfléchit à son avenir. Il se projette. D’après les fuites émanant de son entourage, le chef du gouvernement se voit confortablement installé sur le trône majestueux du Palais du Quirinale, la somptueuse demeure du Président de la République dont la construction fut lancée à la fin du seizième siècle par le pape Grégoire XIII. Cependant, semble-t-il toujours, plus Silvio Berlusconi s’imagine trônant dans ce palais grandiloquent aux 1200 pièces, dans les Appartements Impériaux qui furent expressément aménagés, fin dix-neuvième, pour les visites du Kaiser Guillaume II ou dans les jardins surélevés aux allures d’île verdoyante surplombant la Ville éternelle, oui, plus il s’imagine dans son futur palais plus il sent l’inquiétude le saisir. Terriblement, implacablement. La sécession des partisans de Fini n’a pas été suffisante pour le faire chuter, il est vrai, mais elle lui a ôté la majorité au sein de la Commission Justice. La Commission Justice – suprême drame. Car c’est en son sein que se décide la future mouture de la Loi sur l’Immunité des plus hautes charges de l’Etat, initialement recalée par la Cour Constitutionnelle en octobre 2009. Ceux qui désirent acquérir la grâce auprès d’un prince ont coutume d’aller vers lui munis des choses dont il se délecte le plus, chevaux, armes, pierres précieuses, affirmait Niccolò Machiavelli dans son ouvrage le plus fameux, le Prince, qu’il dédia dans un premier temps à Julien de Médicis, frère du Pape Léon X, puis à Laurent II de Médicis. Or tout Prince est-il, à sa manière, Monsieur Berlusconi se contenterait de beaucoup moins. Point besoin de chevaux de race, d’armes légendaires ou de pierres précieuses. Non. Juste un petit amendement, quelques lignes qui permettraient de franchir, cette fois sans encombre, l’écueil tout proche de la Cour constitutionnelle. Et d’accéder, dans la foulée, au trône tant convoité. Mon sort épousera-t-il la trajectoire funeste de Giulio Andreotti, semble soupirer à l’envi le chef du gouvernement italien – Andreotti, dont les rêves d’accession au Quirinale furent brisés nets par les accusations de collusion avec la Mafia qui lui furent portées au début des années nonante – ? Mais pour que le lecteur prenne la pleine mesure des tourments berlusconiens, dressons un bilan non-exhaustif, mais toutefois significatif, de ses démêlés avec le tant honni pouvoir judiciaire.

  1. M. Berlusconi a été déclaré coupable de parjure par la cour d’appel de Venise concernant son inscription avérée à la loge P2 (loge maçonnique impliquée dans des actes de terrorisme et de collusion avec des dictateurs sud américains). Il a été amnistié en 1990.

  2. M. Berlusconi a été condamné, en première instance, à deux ans et neuf mois pour corruption de fonctionnaires (inspection fiscale). Dans le cadre du degré d’appel, les actes délictueux ont été frappés de prescription. Condamnation confirmée pour les co-accusés.

  3. M. Berlusconi a été condamné, en première instance, à deux ans et quatre mois dans le « procès All Iberian » (société Off shore crée dans les années quatre-vingt). Le délit fut prescrit en appel.

  4. M. Berlusconi a été accusé de faux en écriture (faux bilan) dans l’affaire « All Iberian II », de corruption, de délit d’initié, de contournement des lois anti-monopole et de détention de caisses noires. Après avoir fait adopter une loi en 2002 modifiant la définition de la notion de « faux en écriture » et une autre sur l’abaissement des délais de prescription, l’enquête tombe à l’eau car les délais d’enquête sont échus.

  5. M. Berlusconi a été accusé de versement d’argent noir dans le cadre de l’achat d’un joueur du Milan A.C., Gianluigi Lentini. Prescription.

  6. M. Berlusconi a été condamné, en première instance, à un an et quatre mois pour actes illégaux dans l’affaire « Medusa cinematografica ».

  7. M. Berlusconi a été accusé, au premier degré, de corruption de juges dans l’affaire Mondadori ». Prescription.

  8. M. Berlusconi a été accusé de fraude fiscale et de faux en écriture dans l’affaire « Macherio », relative à des achats de terrains. Prescription pour les faux en écriture, disculpé pour un délit et amnistié pour un autre.

  9. M. Berlusconi a été accusé de corruption de juges dans l’affaire de la Société méridionale d’électricité. Les faits de corruption par des sommes provenant des caisses de M. Berlusconi ont été déclarés établis. Acquittement pour une partie des délits et prescription pour l’autre.

  10. M. Berlusconi a été accusé d’entente délictueuse dans le cadre de la répartition des plafonds publicitaires entre la Rai (télévision publique italienne) et la Fininvest (holding financier de la propriété de la famille Berlusconi). Classement sans suite pour absence de preuves suffisantes.

  11. Les attentats de 1992 et 1993 (notamment ceux des juges Falcone et Borsellino). L’enquête relative au rôle de M. Berlusconi et de son bras droit, Marcello Dell’Utri, conclut à un classement sans suite. L’arrêt de classement mentionne toutefois des zones d’ombre dans le « milieu Fininvest. »

  12. M. Berlusconi a été accusé de collusion avec des organisations mafieuses. Délais d’enquête échus pour M. Berlusconi. M. Dell’Utri, homme de confiance du premier ministre, est condamné à une peine de neuf ans d’emprisonnement. Il a été qualifié par la justice d’homme « à la disposition de Cosa Nostra ». M. Dell’Utri est toujours sénateur de la République italienne.

  13. L’affaire Telecinco. MM. Berlusconi et Dell’Utri sont accusés de fraude fiscale et de violation de la loi anti-trust espagnole. Suspension du procès.

Souhaitons à Monsieur Berlusconi que ses tourments s’apaisent.

#Berlusconi

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