Bobonne, t’attends la pension pour dégager du trottoir ?

Dans la série « Bobonne verse dans la délinquance ».

Brussels Studies vient de sortir une intéressante étude[1] dont les conclusions devraient être plus largement diffusées. Cela permettrait à chacun d’entre nous de mieux comprendre la vie de notre société, de moins fantasmer. Cela permettrait de démonter certains discours politiques, mais aussi de nous rappeler notre responsabilité.

Mon propos n’est bien entendu pas de nier la réalité d’une insécurité ou d’un sentiment d’insécurité. Même si l’importance qu’il leur est donné est fonction de la mentalité de chacun, il n’en reste pas moins qu’elles nous touchent tous et que nous souhaitons en diminuer la pression. Nous pouvons bien entendu débattre de la manière d’arriver à ce résultat. Est-ce affaire de politique judiciaire, de répression, de prévention, de rapport de société, de politique sociale ? Chacun, selon son courant politique, ses convictions personnelles, aura une approche différente. Cependant, il est des éléments de réflexion qui nous renvoie directement à nos propres comportements.

Indépendamment d’une estimation de la fréquence des infractions dont eux ou leurs proches auraient été victimes, il a été demandé aux personnes de désigner, parmi une liste de dix-sept, quels comportements ils considéraient comme problématiques dans leur quartier. Ces données reflètent un souci par rapport à une situation, que celle-ci soit quantitativement importante ou non. Huit problèmes recueillent plus de 20% de réponses « tout-à-fait » à Bruxelles. Parmi elles, trois concernent la circulation automobile, deux des vols (cambriolages et vols dans les voitures) et trois la dégradation du quartier (objets qui traînent en rue, murs salis et destruction de mobilier urbain). Sur les huit problèmes, six concernent donc des questions relevant davantage de la qualité de vie que de la délinquance au sens où ce mot est communément entendu. Ces chiffres indiquent à la fois qu’une importante proportion des Bruxellois s’accorde à identifier une série de problèmes qu’ils vivent au quotidien et que ceux-ci ne concernent que peu des questions de délinquance à proprement parler[2].

Ainsi ai-je repris cette liste de comportements et leur pourcentage respectifs. Riche d’enseignement.

  1. Cambriolages (35%)

  2. Vols dans les voitures (35%)

  3. Conduite agressive (33%)

  4. Vitesse non adaptée du trafic (31%)

  5. Objets qui traînent dans la rue (29%)

  6. Murs et/ou bâtiments salis (26%)

  7. Destruction des cabines tél./abribus (24%)

  8. Nuisances sonores dues au trafic (22%)

Hormis les points 1, 2 et 7, qui relèvent de la délinquance « classique », les autres relèveraient d’une délinquance que j’appellerais « citoyenne », de ce que certains nomment un manque de civisme, aussi galvaudé soit le terme, d’un manque de respect. Quand des dames bien mises tiennent salon dans une voiture garée sur un trottoir devant une école, obligeant les piétons à les contourner, ne concourent-elles pas à un sentiment d’insécurité ? Quand un expert-comptable, sur une Harley-Davidson, passe pétaradant, négligeant les limitations, les habitants d’un village sont-ils en droit de parler de sentiment d’insécurité ? Quand un automobiliste qui affirme sur son véhicule défendre les droits des enfants passe en trombe dans une « zone trente », que doit-on penser ? Quand un honnête citoyen utilise son joli coupé pour aller déposer ses déchets verts le long des chemins, qu’est-ce donc ?

Cette délinquance citoyenne n’est pas le fait de la « lie de la société » comme se complaisent à affirmer certains. Les deux dames qui conversaient étaient de bonnes bourgeoises qui ne se troublaient pas de la situation. L’expert-comptable est certainement un homme de rigueur quand il s’agit de ses chiffres. Les droits des enfants sont sans doute avant tout théoriques. Et les déchets verts sont biodégradables invoquera-t-on.

D’aucuns avanceront que c’est le fait d’un nombre limité de personne. Ben tiens… Exonération de responsabilité. Renvoi à autrui. Jamais coupable.

Ce sont pourtant typiquement des problèmes que nous pouvons résoudre par nous-mêmes en adoptant des comportements adéquats ou en exerçant ce contrôle social tant dénigré. Pourquoi faudrait-il fermer sa g… quand un c… justifie son comportement par des arguments captieux ?

Aidez les bobonnes et les experts-comptables à ne pas verser dans la délinquance. Ouvrez-la !

Denis MARION

Entrepreneur sans but lucratif.

PS. Un petit plaisir : une association dans laquelle je suis impliqué, Trop de Bruit en Brabant wallon, vient d’obtenir le prix des associations décerné par Inter-environnement Wallonie, preuve que la démarche citoyenne, si elle est parfois hésitante, est néanmoins possible.



[1] Christophe Mincke, Insécurité et sentiment d’insécurité à Bruxelles, Les enseignements du Moniteur de sécurité


[2] Christophe Mincke, Insécurité et sentiment d’insécurité à Bruxelles, Les enseignements du Moniteur de sécurité

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