Bonne année, bonne santé


Il y aurait des citoyens tellement désespérés du monde pour encore être tentés d’y intervenir et qui, lorsqu’ils le font, tombent décidément mal à propos. Et de l’autre côté, des gouvernements, désespérant tellement de citoyens si décevants, pour encore être intéressés à leur demander leur avis afin de juger de l’intérêt général. En somme, les citoyens ayant déjà pris congé, les politiques pourraient sans trop d’encombre démissionner le peuple. On n’a pas vocation ici, quelques jours avant Noël, d’obscurcir des jours qui vont seulement commencer à rallonger. Et puis, de toute façon, la fin du suffrage universel, ce serait dans 30 ans, un peu comme la disparition des abeilles ou la fonte des glaciers. [1]]

C’est vrai que l’on s’en voudrait de plomber les derniers jours de l’année. De revenir avec ces mille petites choses qui vous pompent, ces alibis pour ne rien faire et ces œillères pour ne rien voir. La dernière chronique de l’année se devrait d’être pleine de réflexions positives. Je vais devoir faire un effort. Je n’excelle pas dans le propos généreux. Vous rappelez-vous que je ne parvenais pas à terminer cette dernière chronique sur mon voyage à Nice parce qu’elle était trop pleine de bons sentiments.


Aujourd’hui, j’ai arraché dans mon potager les dernières carottes qui ont passé les premières gelées sous une belle couche de paille. Maintenant, elles vont s’ensevelir sous le sable. Il fait froid, mais il y a du plaisir à récolter ces belles et longues racines orange. Elles sont magnifiques. Combien de personnes gagneraient à retourner un coin de pelouse pour un petit potager. Rien de bien grand. Quelques légumes, quelques aromatiques, pour connaître de la sensualité de la terre et de l’ivresse de la fraîcheur. Ne pas oublier de préparer avec la petite jardinière le calendrier des semis et convaincre M. de retourner sa pelouse.

J’ai passé une partie de cet après-midi de Noël à mettre de l’ordre dans mes papiers, mes mails et les sites que j’administre en me laissant distraire par un gros merle ou les flammes dans le poêle. Mais bien, j’ai quand même bien avancé dans ces mille petits détails à régler et qui traînent dans un coin de la tête. Convenir avec mon voisin d’un moment pour terminer la coupe de bois et finir d’isoler le toit.

En soirée, je vais sans doute aller me promener dans quelques sentiers boueux à l’orée des bois. Avec un peu de chance, j’entendrai les grognements de ces sangliers dont on prétend qu’ils hantent les mêmes lieux que moi. Comme le temps est couvert, il faudra que je fasse attention à ne pas me casser la figure. Ne plus oublier la lampe de poche. C’est toujours utile en cas de besoin. Il faudra penser à traquer… les chasseurs de renard et les lanceurs de sacs poubelles.

Hier, ce fut un réveillon en famille et entre amis. Mon beau-frère était à l’autre bout de la table, le vin n’était pas mauvais, le boudin était bon et moi, j’étais bien entouré. Mais, bon, est-ce que cela en valait réellement la peine ? Se décider de ce que l’on fera l’année prochaine. On a bien un an pour hésiter. Mais cela fait tant plaisir à certains qu’un petit sacrifice… mais il est hors de question que je descende en Provence pour fêter ça.

Là, on s’est décidé de cuisiner une petite bouffe pour le 31. On ne sacrifiera ni aux huîtres, ni au champ’. Un repas léger composé à dix mains. Huit féminines et les miennes. Mais je refuse d’ouvrir les bouteilles. Pourquoi se ruiner quand on peut s’amuser. Convaincre P. que la marche à pied et une bonne soupe ne sont pas moroses.

Un cercle vicieux duquel Hélène et Annie comptent bien s’extirper d’ici quelques années, « pour repartir sur de bonnes bases ». Elles semblent sur la bonne voie. Désormais, face aux offres commerciales en tous genres, elles se montrent prudentes. « C’est un piège, ces cartes de crédit », dénonce Annie. « Les pubs personnalisées de City Bank, je ne les ouvre même plus, lâche fièrement Hélène. Directement à la poubelle ! » [2]] Encore une de convaincue. Renvoyer systématiquement à l’expéditeur les enveloppes avec port payé, accompagné de tout son fatras publicitaire. Ils finiront bien pas se décourager si nous le faisons tous. Et si cela ne marche pas, cela fera du travail pour cette poste que l’on veut privatiser. Entre mon facteur à mobylette et les camionnettes de PCB, DCD et autre BHV, mon choix est fait.

De petites avancées en petit pas. Prendre de grandes et de minimes résolutions. Dialoguer, convaincre, s’informer, contester, affirmer, négocier, jouer son rôle de citoyen, quand bien même cela (et ce n’est pas le cas) ne servirait à rien. Parce que ne rien dire est encore pire. Commentant une récente chronique, un de mes lecteurs trouvait indécentes (peut-être à juste titre) mes critiques sur l’automobile alors que je roule en voiture. On peut aimer le vin et vouloir en critiquer l’abus. Ne s’interdire ni la critique, ni l’honnêteté, ni le plaisir que des choses vont bien, ni la souffrance que certaines, trop peut-être, vont mal.

Des gens se plaignent que les média leur annoncent de mauvaises nouvelles, que cela leur fait peur, que leurs craintes les empêcheraient de dormir, qu’il faudrait s’injecter une dose d’optimisme. Mais l’optimisme n’est pas une pilule qu’on ingère ou une pommade que l’on se passe. L’optimisme se construit par une autre vision des choses, pas par des mensonges. Cela n’empêche pas les coups de gueule. Parce que pour en pousser, il faut encore croire que cela en vaut la peine et que l’avenir peut encore s’écrire.

Alors, c’est promis. Outre les petites résolutions personnelles déjà décrites, je ne vous lâcherai pas en 2009. Voitures, parking, publicité, expropriation de nos esprits, lois iniques et ministres du même bord et surtout élections, il y a trop à écrire pour ne pas en dire tout le mal ou le bien.

Bonne année et bonne santé.


[1] La chronique de Paul Hermant sur le dernier livre d’Emmanuel Todd « Après la démocratie »

[2 Source [La Libre]

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