Céline à Sigmaringen


On le sait, faute de partir pour le Dannemark, où il a caché son or, puis à défaut pour la Suisse, Céline, après avoir séjourné dans différentes villes allemandes (Baden-Baden, Berlin, Rostock), se retrouve à Sigmaringen avec sa femme Lucette Almanzor (qui, aujourd’hui âgée de 101, vit toujours dans leur maison de Meudon, route des Gardes), leur chat Bébert et le comédien Robert Le Vigan, parmi le gratin de Vichy et de la Collaboration. Arrivé fin octobre 1944, il prendra le chemin du Danemark le 22 mars 1945. Qu’a-t-il fait pendant ces cinq mois? Faut-il prendre pour argent comptant le récit qu’il en fait dans D’un château l’autre? Ce sont les questions sur lesquelles se penche ce livre. Son auteure, Christine Sautermeister, se veut rigoureuse. Elle établit une chronologie précise de la brève existence de cette enclave française en territoire allemand régi par une « Commission gouvernementale française pour la défense des intérêts nationaux » dirigée par Fernand de Brinon suite au refus de Pétain. Elle décrit minutieusement les lieux et ses habitants – les «loquedus» face aux «gâtés du château» selon les termes de Céline –, tout en s’attardant sur quelques figures plus ou moins marquantes de la Collaboration: de Brinon, Laval, Paul Marion, Alphonse de Châteaubriant, Déat, Doriot, Hérold-Paquis, Darnand, les journalistes Luchaire, Laubreaux et Rebatet, Fontenoy, etc. Mais surtout, et c’est le principal objet de son ouvrage, Christine Sautermeister confronte D’un château l’autre à la réalité, reprenant de très nombreux extraits du livre. Pour arriver à la conclusion que, si le premier tome de la trilogie allemande (avant Nord et Rigodon), auquel nombre d’historiens se sont référés (même les plus «septiques»), est «assurément un plaidoyer pro-domo», Céline «adopte une stratégie romanesque au sens propre du mot. Elle consiste à décrire un protagoniste sur le qui-vive, méfiant vis-à-vis de tout et de tous, un personnage hostile aux idéologies, se moquant des fantasmes que sont pour lui la fuite vers la Suisse, la victoire allemande et le retour en France – bref, un être à part et solitaire.». Contrairement aux autres intellectuels réfugiés à Sigmaringen, il ne participe guère aux cérémonies officielles et n’écrit pas dans La France, le journal dirigé par Jean Luchaire qui, d’ailleurs, l’ignore totalement. Lors de ses rares apparitions publiques, il brille par ses réparties amères et caustiques, sans jamais s’embarrasser de précautions oratoires.

#Céline #Saccomano #Sigmaringen