Céline à Sigmaringen, héros BD


Le parti-pris est net, et assez audacieux. Pour mettre en scène la «cavale» de Céline, redevenu Dr Destouches, de Paris à Sigmaringen en passant par Baden-Baden, du 14 juin 1944 au 22 mars 1945, jour de son départ pour le Danemark accompagné de sa femme Lucette et de leur chat Bébert, les frères Paul et Gaëtan Brizzi, jumeaux issus du dessin animé dont c’est la première bande dessinée, ont opté pour un style grand-guignolesque. «Cette dimension ubuesque qui flirte avec le cartoon», une outrance dans le trait qui peut surprendre, est en réalité tout à fait raccord avec la «tragi-comédie bouffonne» (Pierre Assouline) qui se joue dans cette petite ville allemande. Ce choix est évidemment revendiqué par le scénariste, le comédien Christophe Malavoy déjà auteur d’un livre sur l’écrivain (Céline même pas mort!), qui est parvenu à condenser en moins de cent pages la «trilogie allemande», D’un château l’autre, Nord et Rigodon. Mêlant commentaires off et dialogues, le texte évite d’envahir tout l’espace, laissant ainsi une grande place au dessin qui nous explose à la figure.


Noir et blanc. Paul et Gaëtan Brizzi: «Deux éléments répondent au choix du noir et blanc. Nous avons d’une part l’habitude de travailler de cette manière, par goût esthétique et parce que c’est le meilleur moyen pour rendre la lumière. Et d’autre part, le noir et blanc convient parfaitement à cette époque où, par exemple, la couleur n’existe pas au cinéma. Il donne aussi un côté journalistique qui correspond bien à l’aspect chronique de cette histoire.» C.M.: «Le noir et blanc permet d’exprimer des contrastes er d’ainsi coller à un personnage et à une époque extrêmement contrastés.»


Adaptation. C. M.: «Il me fallait trouver une narration cohérente et choisir les moments qui se prêtaient le mieux à l’évocation à travers le dessin. Mais c’est dur de couper dans Céline, on a envie de tout garder. Et si c’est la cavale du Docteur Destouches et non de Céline c’est à la fois parce que c’est le médecin et non l’écrivain qui se retrouve à Sigmaringen et parce que je voulais le séparer de ses pamphlets antisémites auxquels on le renvoie systématiquement. C’est une manière d’aborder le personnage sous un autre angle.»


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