Calvaires

En attendant le mastodonte de l’automne (première partie du chapitre final du magicien à lunettes), voici quelques films qui pourraient remplir vos soirées pluvieuses. Première partie : les calvaires. Celui de la Vénus Noire d’Abdellatif Kechiche, et celui de l’homme enterré vivant, dans Buried de Rodrigo Cortés.

Vénus Noire, d’Abdellatif Kechiche


L’expérience que nous propose le cinéaste est radicale, jusqu’au boutiste. Kechiche nous place en tant que spectateur du calvaire, sans nous laisser la possibilité de s’accrocher à une intrigue. Saartjie est le seul personnage que l’on peut accompagner émotionnellement. Position peu confortable, puisque le personnage encaisse sans broncher les malheurs qui l’accablent. D’abord enfermée dans une acceptation porteuse d’un léger espoir, elle s’enferme à mi-parcours dans l’alcoolisme le plus désespéré. Même durant les quelques scènes où des personnes attentionnées (un journaliste, un dessinateur naturaliste) tentent de lui donner la parole ou lui rendre quelque peu d’humanité, Saartjie ne s’exprime que par les larmes de l’humiliation, du désespoir.

Film dur et éprouvant, Vénus Noire n’est pas un film facile à aimer. Durant la dernière demi-heure, plusieurs personnes sont sorties de la salle. Pourtant, Vénus Noire est un film qui fascine. Le film a certes une valeur de témoignage sur la vie de Saartjie Baartman – on comprend aisément le désir du cinéaste à partager cette tragique histoire – mais il offre une réelle expérience cinématographique. Plus que jamais, Kechiche s’attarde sur les visages (en gros plans) et met en scène des regards. Une foule de regards. Ceux de Saartjie, ceux des différents publics auxquels elle est exposée, ceux des « maîtres » (dont Olivier Gourmet, à la limite de l’improvisation)… Et le nôtre, dans tout ça ? Kechiche nous interroge sur notre soif du spectacle. Pour accentuer l’impact du film, le cinéaste joue la carte de la durée. Plus encore que dans La Graine et le mulet, chaque scène est longue, chaque « spectacle » de Saartjie est montré au moins une fois dans son intégralité (le film dure 2h44). On peut reprocher légitimement au film d’avoir des longueurs (il y en a, et des vraies), mais Kechiche est pardonné, tant sa mise en scène est brillante, hypnotisante.

Vénus Noire est un film qui marque durablement, tant par son âpreté et sa dureté que par sa beauté et son courage.

Buried, de Rodrigo Cortés


Le défi de mise en scène (et d’éclairage!) est relevé avec brio. Claustrophobes, passez votre chemin! Mais du point de vue du scénario, le résultat est inégal. Le rythme est bien géré et l’escalade du suspense fonctionne plutôt bien, mais le scénario n’échappe pas, et c’est dommage, à quelques baisses de régime ou à quelques éléments peu crédibles. Reste quand même ce dernier quart d’heure qui laisse place à de multiples surprises… Le rebondissement ultime, qui serait cruel de dévoiler, est à la fois audacieux et détestable. Il laisse un goût amer en bouche. Mais le film, rien que par son idée, vaut le détour.

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