Carnet (8)

Tombe de W. Benjamin


«Lorsque le petit groupe de réfugiés auquel Benjamin s’était joint atteignit la frontière espagnole, il se révéla soudain que les espagnols avaient ce jour-là fermé la frontière et que les douaniers ne reconnaissaient pas les visas faits à Marseille. Les réfugiés devaient donc retourner en France le jour suivant par le même chemin. Walter Benjamin se suicida durant la nuit, et ses compagnons furent alors autorisés par les gardes-frontière, quelque peu impressionnés, à gagner le Portugal. L’embargo sur les visas fut levé quelques semaines plus tard. Un jour plus tôt, Benjamin serait passé sans encombre ; un jour plus tard, on aurait su à Marseille qu’il n’était pas possible de passer à ce moment en Espagne. C’est seulement ce jour-là que la catastrophe était possible.» (Hannah Arendt)

«Dans cette secte, un élégant jeune homme, Bernard-Henri Lévy, se détacha. Son livre, Le testament de Dieu, qui se voulait une réhabilitation du Dieu d’Israël, fut salué par la critique. Bertrand Poirot-Delpech parla de son «éblouissante érudition normalienne». Mais, sur la Grèce ancienne, le livre fourmillait d’erreurs : citations fausses, affirmations délirantes, on trouvait de tout dans ce livre (y compris un texte que l’auteur s’attribuait mais qui était en réalité de Saint John Perse), sauf une connaissance sérieuse du judaïsme ou de l’hellénisme. Il y avait aussi une citation de la déposition de Heinrich Himmler au procès de Nuremberg, alors que le chef de la Gestapo s’était suicidé après son arrestation par les troupes anglaises, le 23 mai 1945. J’adressai à un certain nombre de journaux une mise au point comportant une petite anthologie de ces perles que je déclarai «dignes d’un médiocre candidat au baccalauréat ». Face à mes remarques précises, BHL se contenta de me traiter de policier.» (Pierre Vidal Naquet, Mémoires)

« Napoléon travaillait dans son bureau des Tuileries après le dîner, une grosse pile de dossiers sur la table. Constant, le valet de chambre, passe la tête et dit : « La jeune personne est là ». Sans se retourner, Napoléon répond : « Faites-la attendre, j’arrive ». L’actrice, remarquée la veille au théâtre, a accepté de passer une nuit avec le maître : elle s’installe dans la chambre impériale et s’assoit sur le lit à baldaquin. Une demie heure plus tard, Constant revient : « La jeune femme attend ». « Qu’elle se déshabille ». L’actrice, ulcérée, manque de partir, puis s’exécute et se couche dans le lit. « La jeune femme a froid », annonce Constant un peu plus tard. « Eh bien, faites du feu ». Plus tard, Constant revient encore. Napoléon considère la hauteur de la pile de dossiers et dit : « Qu’elle se rhabille. Dites-lui de voir Duroc pour un autre rendez-vous ».

Tout, dans cette histoire, enchantait Stanley Kubrick : la muflerie du pouvoir, sa séduction, le sexe allié à la puissance, la puissance maîtresse de celui-ci. Il la mit dans son script sur Napoléon, jamais tourné.»

«J’étais surtout emballé par le fait que le film portait sur le monstre du Loch Ness, une invention collective pure. Pourquoi avons-nous besoin d’inventions collectives ? Pourquoi avons-nous besoin d’être enlevés par des monstres ? Pourquoi trois millions d’américains ont-ils été enlevés par des extra-terrestres ? Pourquoi, parmi ceux-ci, de nombreuses femmes ont-elles été violées par des extra-terrestres ? Et pourquoi une grande proportion d’entre elles étaient obèses ? Pourquoi aucun Éthiopien n’a jamais été enlevé par un extra-terrestre ? Tout cela a à voir avec un certain type de civilisation». (Werner Herzog, cinéaste)

Dans une chronique (Libération du 27 mai 2006), le philosophe slovène Slajov Zizek rapporte qu’une malheureuse campagnarde roumaine, qui s’est réveillée en plein milieu d’un enterrement – le médecin l’ayant à tort déclarée morte –, après s’être extirpée du cercueil, s’est enfuie de la procession, courant sans regarder sur une route très passante, s’est fait faucher par un camion et est morte instantanément. On l’a alors remise dans le cercueil et le cortège funèbre a repris son cours.

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