Cher virologue


Naïvement, pendant des années, j’ai cru que les scientifiques œuvraient dans la discrétion pour trouver des solutions pour un monde meilleur. Scientia vincere tenebras. Vaincre les ténèbres par la connaissance. Ce projet, je l’ai toujours trouvé digne, fondamental. Aujourd'hui, le foot ayant quasi disparu des radars et la culture ayant été enterrée vive, il n’y a plus que vous en une. Quelle est donc cette presse qui vous tend le micro, vous photographie, vous contacte par Zoom ou Skype à longueur de journée ? Nous sortir de là. Oui. Mais pour cela accordez-vous d’abord avec vos confrères. Vous voyez de qui je parle, vos concurrents, ceux de l’équipe adverse. Exprimez-vous ensuite, de manière claire, précise, sans ambiguïté. Encore vous voir, encore vous entendre, chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde. Vos poses indisposent, votre glose aussi. Où est passé votre éthique de chercheur, de praticien ? Sans doute pensez-vous à votre récompense, promise en haut lieu, espérée à force d’être starifié. Un mandat politique ? Un livre en tête de gondole ? Une résidence secondaire pour le prochain confinement ? Cela ne vous gratte-t-il pas l’échine d’occuper l’espace médiatique de manière si autoritaire ? Vous est-il impossible de conseiller les politiques en coulisse, sans vous mettre en avant pour je ne sais quelle gloire éphémère ? Pour votre défense, je ne vois qu’une explication : vous et vos confrères avez été envoyés au front par un gouvernement incapable de trancher lui-même, d’assumer, d’être à la hauteur. Un bouclier, soit. Mais de grâce pas un miroir. Entretenir la peur, stigmatiser, mettre en garde, dénoncer, éclater les bulles, condamner les jeunes en manque de contacts sociaux – pardon, physiques –, multiplier les prophéties alarmistes… Le monde politique semble hélas avoir déteint sur vous. Votre langue est de bois, pas de ces « ni oui ni non », mais d’un bois lourd, gorgé d’eau, prompt à couler les lueurs d’espoir. La santé avant tout – pour tous et en toute transparence. Mais pas l'ego. Qu’attendez-vous au juste ? Sinon une deuxième vague, plus puissante, pour surfer encore quelques mois dans vos habits de super dé-contaminateur. L’été 2020 est terne, certes. Faut-il pour autant faire de vous des « marronniers », ces sujets rabâchés par les médias quand l’actualité est creuse ? Photo : Unsplash

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