Christian Bobin et François Cheng hors niche


L’auteur de La part manquante et de La grande vie (justement réédité en Folio) a droit à un traitement privilégié: NoireClaire paraît en effet sous grand format, faveur dont bénéficient seulement quelques happy few, tels récemment André Breton et ses Lettres à Aube ou Albert Camus avec La Postérité du soleil. Ce qui rend d’autant plus accueillante la lecture de cette longue lettre à une disparue – Ghislaine à qui est dédié ce «livre hanté »? «C’est si beau ta façon de revenir du passé, d’enlever une brique au mur du temps et de montrer par l’ouverture un sourire léger. Le sourire est la seule preuve de notre passage sur terre.» Ces deux êtres sont séparés par une «adorable barrière» construite par la mort, ce qui n’empêche pas le souvenir de toujours vivre, des images furtives de rejaillir – «A genoux dans la chambre de ta fille, tu mets de l’ordre dans ses jouets: c’est la dernière vision que j’ai de toi dans cette vie.». Mais le temps a dû faire son œuvre. «Vingt ans après ta disparition les archives de mon cœur me sont accessibles.» Même si: «… Simplement respirer sans toi, faire un pas en direction de la fenêtre que la neige dévore, c’est recevoir des milliers de coups de couteaux.» Au fil de cette déambulation intime, il est questions de lectures («Les livres sont de longs paquebots à la recherche de leur naufrage»), de moments vécus ensemble, de l’écriture et, bien sûr, de la nature, cette nature au plus profond de laquelle Christian Bobin ne cesse de s’immerger, avec ses arbres, son herbe haute, ses fruits, ses oiseaux. Particulièrement des moineaux qui «picorent les mots qui tombent sur le sol».


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