Chronique de campagne : haro sur le fonctionnaire communal ?



Les candidats s’époumonent à crier à tue-tête leurs envies, mais ils oublient souvent une chose : c’est le personnel communal qui doit les réaliser.

Qui ne s’est jamais gaussé de prétendue vie de cocagne ou de l’incurie des fonctionnaires ? Et pourtant, ils sont la colonne vertébrale de la commune. Les élus passent, eux restent. Nous pourrions à tort les croire au service des politiques ou d’une politique, mais ils sont d’abord là pour répondre à des demandes précises et prévues par la loi, en matière de population, d’urbanisme, d’environnement, d’enseignement, de services sociaux (si l’on inclut le CPAS). Ils sont ensuite chargés de l’application des politiques décidées par les élus. Tout en étant également, d’une certaine façon, garants de la légalité des actes posés. Position difficile s’il en est, placés entre le marteau des élus, l’enclume des citoyens souvent impatients ou mécontents et les éventuelles foudres de la tutelle.

De tout temps, il y a eu aussi des fonctionnaires plus ou moins encartés. Leur affiliation les conduit parfois à composer avec leur neutralité, à pratiquer la rétention d’information ou à ralentir l’exécution d’une demande pour nuire à la majorité en place. Voire l’inverse ! Ou alors c’est l’indignation sélective qui les amène à fermer les yeux sur certaines pratiques.

Certains candidats considèrent qu’ils ont à encadrer le personnel de la commune. Cela ne laisse pas d’être inquiétant. Est-ce au pouvoir politique d’encadrer le personnel ? Cette fonction n’est-elle pas dévolue au directeur général ?

Un directeur général, quel directeur général ? Oui, dans chaque commune, il existe un chef du personnel qui arrête le programme d’évaluation des agents, qui assure le contrôle du fonctionnement des services, qui gère les ressources humaines. Il est le vrai directeur des services de l’administration et il fait le lien entre services communaux et le collège. La qualité de son action influence donc directement le dynamisme, l’atmosphère de travail et la neutralité de son administration.

Un second élément important est la qualité de statutaire attribuée aux fonctionnaires. Même si cela peut donner lieu à des dérives, le fait qu’un fonctionnaire soit « nommé » lui permet, dans une certaine mesure, de résister à la pression politique. Certes, dans une commune modeste, la proximité a tendance à resserrer les liens [ajouter] entre élus et personnel administratif ;. Néanmoins, un fonctionnaire statutaire éludera plus facilement la demande d’enterrement de première classe d’un rapport polémique, d’un abattage illégal ou d’un arrangement entre amis. La situation des contractuels est beaucoup plus délicate, puisque leur job peut dépendre d’un bon vouloir politique.

Pour une bonne gouvernance et une saine démocratie, il faut que le fonctionnaire puisse exercer sa charge en toute indépendance, en conservant sa neutralité. Il se doit d’appliquer les décisions d’un collège avec la diligence nécessaire, mais il conserve un droit de retrait, voire une possibilité de dénonciation s’il juge la demande illégale ou contraire aux bonnes pratiques.

Il a besoin pour cela, puisque nous sommes dans un système hiérarchisé, d’un directeur général qui prend ses responsabilités, aussi à l’égard du collège. D’autre part, il faut que le collège soit conscient de la nécessité d’une véritable politique du personnel : il devrait dégager les moyens financiers pour la mettre en œuvre. Si chacun joue pleinement son rôle, dynamisme et respect des règles seront plus facilement au rendez-vous.

La vision politique au collège, l’encadrement au directeur général.

Le Collectif Calvin & Hobbes