Chronique de campagne : la ruralité existe-t-elle ?


Dans nos communes périurbaines, cette notion de ruralité est régulièrement évoquée. Mais que recouvre-t-elle finalement ? Est-elle définie par son opposition à l’urbanité ? A-t-elle ses propres critères ? Peut-on les réduire au  pourcentage de terres non encore bâties ou à la densité de population ?

Ne serait-ce pas finalement un fantasme ? Et pouvons-nous être d’accord avec G. Luneau quand il écrit dans «Les nouveaux paysans » : « La ruralité est devenue un fantasme gigantesque de la société française. Tous les soirs à 20h, la France urbaine croit dîner d’un pot-au-feu sur une toile cirée nappant du chêne, alors qu’elle bâfre des Mac-Do ou des pizzas sur une table en aggloméré de chez Ikéa. Marianne s’endort en comptant les moutons dans les verts prés pendant que les porcs bretons pissent le nitrate à discrétion, plus que ne peut en diluer l’eau des sources. » [1]

Il est sans doute nécessaire d’accepter le constat que « l’agriculture ne représente plus, à l’heure actuelle, la principale fonction du milieu rural. Devenus minoritaires, les agriculteurs doivent souvent se battre pour pouvoir continuer à exercer leur activité[2]. » Nous y reviendrons sans doute dans une prochaine chronique.


Doit-on faire nôtre cette affirmation que « les recompositions socio-spatiales modifient la donne « rurale ». Dans les pays anciennement industrialisés, le bâti de type « urbain » se diffuse dans des campagnes « mitées » par la « rurbanisation », les « ruraux » adoptent les mêmes modes de vie, les mêmes mobilités et représentations que les citadins, tandis que les catégories socioprofessionnelles se diversifient, conduisant à la marginalisation des agriculteurs ; désormais le rural n’est plus l’agricole et l’on passe d’une société d’interconnaissance à un système plus ouvert et plus éclaté (dissociation des lieux de résidence et d’emploi, résidences alternantes)[3]. »


En fait, n’existe-t-il pas des ruralités, plutôt qu’une ruralité ?

La ruralité n’est pas un « donné » mais une construction sociale du monde, reposant sur des perceptions et des pratiques évolutives à identifier et à interpréter, devenant une clé de lecture des changements qui affectent la société toute entière. Dans leurs caractères et imaginaires, ces ruralités se recomposent rapidement. Les évolutions démographiques – entre accumulation, dépeuplement et nouvelles attractivités rurales selon les lieux –, la diversification des sociétés de plus en plus mobiles, le développement de nouveaux modes d’habiter, la réorganisation des fonctions (productives mais aussi résidentielles, de loisirs ou de « nature ») et des formes de gouvernance, conduisent à une formidable diversité géographique[4].


L’enjeu pour une commune rurale est certainement de définir ce qu’est sa ruralité, mais aussi les conflits, les paradoxes, les antagonismes que cela peut soulever, dans la mesure où il importe aussi d’orienter son développement vers un modèle durable qui concilie activités, mobilité ,logement et environnement.

Considérer ce qu’en pensent les élus, les candidats aux élections communales ou la population est une première étape. Mais une seconde, et impérative, est de construire, dans un processus le plus consensuel possible, une définition qui s’attacherait à un territoire donné dans une optique prospective.


C’est un bel exercice. Le collectif « Calvin & Hobbes

[1] Cité par http://www.acrf.be/wp-content/uploads/2014/11/etude_quand_rural.pdf

[2] http://www.acrf.be/wp-content/uploads/2014/11/etude_quand_rural.pdf

[3] https://journals.openedition.org/ries/2267

[4] https://journals.openedition.org/ries/2267