Chronique de campagne : les quatre temps et demi


Une petite brise persifleuse…



Il en va de tout projet, le temps à le réaliser ne se mesure pas au même étalon.

Le premier temps est celui du citoyen. Un temps qui ne se prend pas. Le citoyen veut que son problème soit non seulement pris en compte, mais aussi résolu, illico presto. Qu’importe les autres, fussent-ils ses voisins, qu’importe l’ailleurs, fût-il dans la rue à côté, son problème est LE problème sur lequel toute le monde doit se pencher et pour lequel s’impose la célérité la plus grande . Il y a celui qui déploie son énergie pour arriver à une solution sans fanfare  et celui qui l’utilise pour geindre publiquement. Dans ce dernier cas, le message étale sa rancœur sur les réseaux et crée un micro-climat propice au développement des affects négatifs. Tout cela n’empêche pas le geignard public  de se muer dans l’alcôve privée en client obséquieux. 


Le second temps est celui du politique. Que celui-ci, soit ou non aux affaires, il enfourche sa monture pour monter à l’assaut et attaquer les moulins qui ne font pas assez de vent. Si celui-ci change de direction, peu lui importe de tourner casaque : il doit être vu sur la crête dans un sens ou dans l’autre. Un autre préfèrera tergiverser, jouer au Normand ou tenter de noyer le poisson. L’un va promettre tout et l’autre, tout promettre. Parfois même tout et son contraire. Il y a ceux qui n’y connaissent rien, enfin, c’est ce qu’on dit, et d’autres qui savent tout, en tous les cas le prétendent. Mais, au bout du compte, la décision, pas toujours rationnelle,  est prise.


Le troisième temps est celui de l’administration à qui l’on reproche tout, surtout son retard, parce qu’elle applique des règles que d’autres ont concocté. Règles qu’on l’incite à contourner, parce que, quand même, on n’est pas là pour embêter l’électeur potentiel. Et puis comme partout, il y a toujours, mais pas plus, des gens plus paresseux ou plus bêtes qui ne font pas avancer les choses. Il y aussi les erreurs d’aiguillage et les niveaux de pouvoir, les petits et les grands chefs, le collège et l’opposition, les consciencieux au-delà des clans et les affidés qui freinent en fonction de la direction du vent. Mais les appels d’offre parviennent à sortir des méandres.


Le quatrième temps est celui des entrepreneurs. Ceux que l’on choisit parce que ce sont les moins-disants. Parce que c’est la loi. On prend le moins cher de tous qui est prêt à respecter le cahier des charges. Qu’importe la manière pour atteindre ses prix planchers. Sous-traitants mal informés, méthodes mal appliquées, tracés mal réalisés, assiettes (de route) trop élevées et caniveaux trop abaissés. Malfaçons par des maltraitants. Et comme si cela était trop facile, il y a encore les intempéries et les automobilistes irascibles. Mais la route est quand même là, pour un temps au moins…


Et le demi-temps qui reste, c’est pour faire bonne mesure. Parce que, quand les choses vont mal, elles peuvent encore être pires. Il faut aussi du temps pour gérer les râleurs, les aigreurs et les erreurs. Mais la terre continue à tourner avec l’espoir que, dans les quatre catégories, émergent ceux qui sont sincèrement animés par la volonté de réformer et de dynamiser une démocratie au service de la planète et du bien commun. Car, en effet, tous les acteurs ne correspondent pas à ces portraits persifleurs.

Soyons conscients que Rome ne s’est pas faite en un jour et que nous vivons dans un monde imparfait.


Le comité Calvin & Hobbes.