Chronique de campagne : quelle agriculture ?




« L’agriculture ne représente plus, à l’heure actuelle, la principale fonction du milieu rural. Devenus minoritaires, les agriculteurs doivent souvent se battre pour pouvoir continuer à exercer leur activité[1]. » relations-nous dans une précédente chronique.

Dans une commune du Brabant wallon, lors d’une récente campagne d’épandage de lisiers, auxquels certains avaient ajouté des pommes de terre en fin de vie, de nouveau, l’odeur a fait débat. Il est vrai que pour une fois, les remugles couvraient l’ensemble du territoire.   Pour les uns, c’était la preuve tangible que nous étions encore une commune rurale, pour d’autres, ce n’était que pestilentiel. D’aucuns ont fait voulu faire la différence entre les fumiers d’antan et les lisiers de maintenant, considérant que le parfum des premiers correspondait mieux à l’image d’une agriculture paysanne que la puanteur des seconds, liée à une agriculture (semi-)industrielle.

Les parents des enfants scolarisés dans une école proche des champs se sont émus du risque de pollution aux produits phytosanitaires. Comment faire autrement, répond l’agriculteur concerné, avec la pression à laquelle nous sommes soumis. Nous avons besoin de cela pour produire.  Peu de chance que cette réponse satisfasse le joggeur qui a eu la malchance de croiser le double bras articulé d’un pulvérisateur, entre prairie et champ de patates. Il s’agissait là pour l’agriculteur de défaner avant récolte. Les nuées du produit sont emportées par un vent de nord-ouest modéré : elles passent sur les vaches voisines, puis sur les habitations.  Rentré chez lui, notre sportif se renseigne sur le net. Qu’a-t-il dégusté ? Basta de Bayer ou Reglone 2 de Syngenta ? Pour ce dernier, la firme précise : porter des gants, une combinaison imperméable et un appareil de protection respiratoire appropriés, pendant toutes les phases de mélange/chargement et d'application pour les applications avec un pulvérisateur à rampe ou à l'aide d'un pulvérisateur à dos. Santé !

Pas étonnant dès lors que certains voient dans l’agriculteur un prédateur de chemins et sentiers ou de biodiversité. D’autres s’inquiètent de voir les terres de plus en plus cultivées par des personnes n’appartenant pas à la commune ou par des entreprises lointaines : déresponsabilisation et  lien  brisé entre le fermier et ses voisins. En fait de fermier, s’agit-il du paysan qui se dévoue pour nous nourrir ou de l’agriculteur coincé dans la chaine agro-alimentaire , nourri aux subsides et courant derrière ses emprunts ? Comment reconnecter les uns aux autres ? Comment redonner sens et fierté au producteur, confiance au consommateur ? Les choses ne sont pas simples et mériteraient d’être débattues entre les acteurs, les occupants du territoire. Pour sortir les uns du déni et les autres de la stigmatisation systématique, des pistes existent.


Deux ou trois choses nous semblent importantes :

· L’accessibilité de la terre pour les jeunes producteurs dans un contexte de spéculation sur la terre ;

· La nécessité d’encourager une agriculture résiliente dans le cadre de la transition, respectueuse de la santé et collaborative ;

· L’usage des terres cultivables au sens large, du jardin pour un potager  aux surfaces destinées aux grandes cultures.

C’est un enjeu, jusqu’ici peu évoqué, pour les prochaines élections communales.


Le collectif « Calvin & Hobbes »


[1] http://www.acrf.be/wp-content/uploads/2014/11/etude_quand_rural.pdf