Comme un arbre

A l’aube de la rentrée cinématographique qui s’annonce foisonnante (avec les primés de Cannes, entre autres), épinglons trois films à l’affiche où brillent trois actrices. Le premier, avec Charlotte Gainsbourg, est un des plus beaux de l’année. Le deuxième, tourné à Ostende, propose une Isabelle Huppert épatante. Le troisième est un ratage, malgré la présence de l’excellente Kristin Scott Thomas.

The Tree, de Julie Bertuccelli


En 2004, le talent de Julie Bertuccelli avait été récompensé par le César de la première œuvre. Depuis qu’Otar est parti promettait effectivement une belle carrière de cinéaste. Essai transformé avec son The Tree, tourné en Anglais, en Australie. En abordant un sujet grave avec tact, douceur et poésie, la réalisatrice se débarrasse de toute mièvrerie et signe une œuvre lumineuse sur le deuil. Pour tourner la page et panser ses blessures, la famille sera aidée par l’imagination d’une enfant et par la présence de cet arbre majestueux (filmé comme un personnage à part entière). Le film nous interroge sur notre rapport à la mort de l’être aimé, sur l’enracinement de nos attaches et de nos convictions. Ou comment nous donner une leçon de vie en nous parlant de la mort. Brillamment interprété (la gamine est bluffante) et mis en scène avec grâce, The Tree est un film simple et riche, magnifique et émouvant, qui hante encore longtemps après la projection. Un des coups de cœur de cette année, à recommander à toute la famille.

Copacabana, de Marc Fitoussi


Amis compatriotes, la majeure partie de Copacabana est tournée à Ostende ! On y boit de la bière, on y parle flamand… Cette charmante belgitude rend le film tout de suite plus sympathique. D’ailleurs, du point de vue  scénaristique, toute la partie qui se déroule à Ostende est la plus réussie, entre un début mollasson et une fin peu convaincante. Les aventures que vit Babou pour se refaire une place « valable » dans la société sont assez irrésistibles et croquent assez bien quelques réalités sociales peu reluisantes. Mais la vraie raison de conseiller ce Copacabana, c’est la présence d’Isabelle Huppert, épatante dans ce rôle de mère-ado qui reprend sa vie en main pour racheter l’affection de sa fille (sa propre fille dans la vie). Un rôle comique qui lui change de ses personnages autrement plus sombres de sa prestigieuse carrière. Grâce à Huppert (et quelques dialogues croustillants), on arrive à oublier la relative fadeur esthétique de ce film toutefois très sympathique, plaisant mais également plus grave par moments. Espérons que Marc Fitoussi ait un peu plus de budget pour son prochain film.

Crime d’amour, d’Alain Corneau


La première moitié fonctionne plutôt bien, notamment par sa description du monde des affaires et des petites vacheries qui peuvent rôder dans les couloirs de ces multinationales où les dents de requin s’aiguisent sans pitié. Un monde incarné par le personnage de Kristin Scott Thomas, impeccablement castée dans ce rôle de femme d’affaires manipulatrice et égocentrique. Mais après le crime en question, ça se gâte… Premier problème, scénaristique: le crime n’est en soi pas très crédible, et l’intrigue se résout de manière totalement incongrue dans son rapport vis-à-vis du spectateur (qui a une longueur d’avance en permanence), voire grotesque (ces flashbacks absolument atroces d’amateurisme). Deuxième problème, plus gênant encore: Ludivine Sagnier, très mauvaise, est probablement le plus gros miscast de cette année. Pour ce qui est de la mise en scène, la laideur de l’image finit par prendre le dessus sur la prétendue sobriété. Bref, Alain Corneau nous avait habitués à nettement mieux…

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