Conducteur fantôme

Il paraît que la Belgique est le pays qui compte le plus grand nombre de conducteurs fantômes au monde. Pour une raison que nos psychiatres étudient encore, les Belges adorent remonter les autoroutes en sens contraire, de préférence la nuit. Sommes-nous plus distraits ou plus déments que les chauffeurs serbes ou néo-zélandais ? Certains ont avancé une autre explication : foncer en sens contraire serait une façon de remonter le temps, revenir au point de départ – au risque de se cogner de plein fouet. Evidemment, ce plaisir de rouler en sens contraire s’accompagne d’un goût de sang. Il n’est donc pas étonnant que nos compatriotes (des deux communautés) soient si fascinés par leur passé. De préférence les événements les plus sanglants de notre histoire. La fête de la communauté flamande célèbre la bataille des éperons d’or, celle de la communauté française, l’expulsion meurtrière des troupes hollandaises de Bruxelles. Voyez aussi le succès des reconstitutions de la bataille de Waterloo avec uniformes, bruit des canons et blessures sanguinolentes. Voilà ce qui fait courir les foules. En revanche la fête de la dynastie, autrefois célébrée officiellement, n’est plus un jour de congé. Parions que si nos ancêtres avaient coupé le cou d’un de nos rois, on la fêterait encore avec tambour et trompettes. Le syndrome du conducteur fantôme semble aussi gagner certains de nos hommes politiques, qui manifestent une fascination toute particulière pour les fantômes de la deuxième guerre mondiale. Pendant longtemps, on attendait de Filip De Winter qu’il joue à l’avocat des collaborateurs fascistes et défende l’honneur d’une famille dont on croyait le passé douteux. Or, surprise, son passé est sans tache. Son père a été déporté en Allemagne et a faillir mourir au service obligatoire tandis que son grand-père a combattu les Allemands. C’est en revanche, son principal ennemi politique, Bart De Wever, qui est pris à jouer les chauffards. On aurait pu penser que son passé familial le pousserait à regarder prudemment devant lui et à mettre le rétroviseur dans sa poche. Or, aucun autre politicien ne roule avec autant d’énergie vers le passé. Après son altercation il y a trois ans avec le bourgmestre d’Anvers, Patrick Janssens, qui s’était excusé au nom du collège communal pour l’implication de l’administration communale dans la déportation des juifs durant la seconde guerre mondiale, sa présence remarquée aux funérailles de Karl Dillen, le très négationniste fondateur du Blok, voilà De Wever qui remet ça en stigmatisant dans les colonnes de notre journal favori le silence des Wallons sur les excès de la collaboration avec l’occupant allemand dans les provinces du sud. Je crie : attention ! casse-cou ! N’est-il pas temps de priver pareil chauffard de son permis de conduire ? N’y a-t-il personne pour l’empêcher de prendre l’autoroute à contre sens en se précipitant tête baissée vers la collision ? Avant de foncer sur le sud du pays à tombeau ouvert et à contre sens, Bart De Wever aurait mieux fait de se renseigner sur l’état des routes wallonnes. Elles sont catastrophiques ! Avec des trous et des nids-de-poule grands comme des œufs de dinosaures. Pas étonnant dans ces conditions que notre collègue chroniqueur ait rapidement perdu le contrôle de son véhicule et qu’il soit tombé dans le ravin. Car il semble avoir oublié dans l’affaire toutes les règles de prudence qu’on enseigne aux chauffeurs débutants. Ne tournez pas trop à droite ! Apprenez à freiner à temps ! Garder les distances ! Regardez devant vous ! Car l’ami Bart a tout faux : les faiblesses de Hergé avec Le Soir volé sont bien connues par les nombreuses biographies sans fards qui lui ont été consacrées et Le Soir publié sous l’occupation n’a rien de commun avec le journal le plus détesté de Mr NVA. Quant aux collaborateurs wallons de l’occupant nazi, un grand nombre d’entre eux ont été condamnés à la fin de la guerre, et plusieurs à la peine de mort. Ajoutons que le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, a lui aussi présenté les excuses de sa ville pour le zèle de l’administration dans le recensement et la déportation des juifs vers les camps d’extermination. Pour éviter de nouveaux dérapages, peut-on suggérer à notre collègue De Wever de se pencher vers un nouveau chantier : on vient de découvrit que nous avons des gènes communs avec l’homme de Neandertal. Cela pourra peut-être lui inspirer des réflexions qu’on se réjouit déjà de déguster.

#BartDeWever

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