Contes tokyoïtes

Air Doll, de Hirokazu Kore-Eda


Adapté d’un manga, Air Doll raconte l’histoire d’une poupée gonflable (oui oui, le sex toy) qui prend vie. En journée, durant l’absence de son propriétaire, elle déambule dans Tokyo et découvre ce que c’est d’avoir un cœur. Les joies et les peines, les rencontres et les sentiments. Mais Nozomi (c’est son nom) n’en reste pas moins une poupée en plastique qui doit compter sur les autres pour la regonfler en cas d’accrochage. Au risque d’en déconcerter certains, Hirokazu Kore-Eda s’écarte de ses deux précédents films (Nobody Knowset Still Walking) pour retrouver la veine d’After Life (1999). Air Dollest une fable fantastique qui, malgré son pitch léger et osé, propose un vrai fond : celui du récit (qu’est-ce être en vie ? pourquoi mon cœur bats-tu ?) et celui qui transparaît en filigrane (la misère sociale et sexuelle, la solitude urbaine). Malgré quelques longueurs, Air Dollcaptive et émeut grâce à la poésie de la mise en scène et l’interprétation courageuse de l’actrice, épatante. Un joli brin de film, tendre et dur à la fois.

Si ce n’est pas déjà fait, Hirokazu Kore-Eda est un cinéaste japonais à découvrir absolument. Il a dernièrement réalisé deux films éblouissants : Nobody Knows(2004) et Still Walking (2009).


Basé sur un fait divers authentique, Nobody Knows retrace la tranche de vie, dans un quartier populaire de Tokyo, de quatre jeunes enfants. Abandonnés par leur mère, ils vivent cachés. Le fils aîné, 12 ans, fera ce qu’il peut pour s’occuper de ses jeunes frères et sœurs. On ne les quittera pas pendant les 2h20 que dure le film (qui s’étend sur une période de six mois) pour assister, petit à petit, à cette lente mais inéluctable dégradation de leur quotidien et de leurs conditions de vie.

La tentation du misérabilisme est grande, mais Hirokazu Kore-Eda refuse le pathos, tout autant qu’il refuse la dénonciation sociale. Relayé à l’arrière-fond, le drame restera en filigranes pour faire place à une proposition esthétique inattendue. Sa mise en scène, miraculeuse, est emplie de tendresse, de justesse et d’énorme pudeur. Un réalisme poétique d’où jaillit une force quasi documentaire qui ne peut que bouleverser. A noter, l’interprétation subjuguante des jeunes enfants… (le jury cannois de l’époque ne s’était d’ailleurs pas privé en attribuant le prix d’interprétation au jeune Yuya Yagira, 14 ans). La force de ce film est donc dans le contraste qu’il y a entre la noirceur du drame (des enfants livrés à eux-mêmes) et la luminosité avec laquelle il est raconté (toujours à hauteur d’enfant). Si Nobody Knows(titre magnifique) évite les larmes, c’est aussi pour mieux nous hanter, après la vision, dans la partie la plus déprimante de notre inconscient : la perte de notre enfance.


On retrouve cette même pudeur dans le sublime Still Walking, sorti sur nos écrans l’an dernier. Ici encore, le « pitch » est très simple : 24h dans la vie d’une famille qui se retrouve pour commémorer la mort d’un des leurs. Dans Still Walking, les sujets douloureux (le deuil, le manque de reconnaissance paternelle) sont traités avec tact et délicatesse, le rire n’est jamais loin des larmes, la tendresse jamais loin du drame. La mise en scène de Hirokazu Kore-Eda, toujours d’une justesse prodigieuse, fait de ce film un véritable enchantement.

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