Corto Maltese reprend brillamment la mer


Je ne reviendrai pas ici sur la sempiternelle question de la reprise de héros BD – même si ça me brûle les doigts: je reste contre, très contre. Un héros appartient à celui qui l’a créé, c’est tout. Spirou et Fantasio et Tif et Tondu sont des exceptions. Pourquoi vouloir refaire Blake et Mortimer, Lucky Luke, Ric Hochet, Achille Talon (peut-être le comble du mauvais pastiche), Alix, Guy Lefranc, XIII, Boule et Bill, Iznogoud, Astérix ou Corto Maltese «à la manière de» (car c’est toujours de cela qu’il s’agit: d’une imitation plus ou moins talentueuse (laborieuse?), les repreneurs devant s’inscrire «dans les pas de»). Mais les éditeurs ont raison: ces reprises figurent toujours parmi les meilleures ventes. Fermons donc le ban. Pour dire qu’abstraction faite de ces réticences, cette reprise du héros d’Hugo Pratt est fidèle et réussie.

Si, dans les premières pages de Sous le soleil de minuit, treizième du nom, le Maltais reprend la mer, ce n’est que par intermittence qu’il va naviguer au cours de cet épisode disponible en deux versions, l’une couleur, l’autre noir et blanc. En effet, pour atteindre Dawson, un bled du Grand Nord américain où, par lettre, son ami Jack London l’a envoyé remettre une missive à «une femme inoubliable» qu’il a connue jadis, il doit marcher dans la neige (rencontrant des explorateurs), descendre une rivière en pirogue (manquant de passer sous une guillotine) et encore traverser des étendues neigeuses (rien ne lui est épargné). Mais il arrivera à bon port et en bon état. Le tout sur un fond historique parfois assez complexe à suivre. C’est très bien écrit, plein de rebondissements et Corto est tel qu’en lui-même, à la fois dans son apparence physique (le dessin de Pellejero est remarquable) et par son esprit fin, aiguisé, spirituel, parfois mordant mais toujours sage et moral.



#Casterman #CortoMaltese #HugoPratt

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