Défaite judiciaire et victoire politique ?


Depuis lors, Monsieur Alfano et ses partisans ont clairement adopté une ligne de radicalisation à l’égard du gouvernement. Méthode aux allures schizophréniques, du moins en apparence car il s’agit, aujourd’hui comme lors du retrait de la confiance à Mario Monti, de dénoncer l’insuffisance du travail politique d’un attelage gouvernemental dont on est membre. Ainsi s’expliquent les nombreux avertissements d’Angelino Alfano sur l’apathie économique d’Enrico Letta. Les mises en demeures répétées du chef de groupe à la Chambre du Parti de la Liberté, Renato Brunetta, sur le respect absolu d’un calendrier ténu (et improbable) pour la suppression de la hausse de la TVA décidée l’an dernier. Ou, encore, l’exigence de la suppression définitive de la taxe sur la première habitation pourtant votée, il y a un an, par l’ensemble des partis soutenant le gouvernement Monti.

Or, le coût de la non-augmentation de la Tva et de la suppression de la taxe sur la première habitation s’élève à quelques huit milliards annuels. Montant dont ne dispose pas l’exécutif italien. Sauf à prévoir, dans un laps de temps extrêmement bref, de nouvelles recettes fiscales ou à réduire les dépenses dans un secteur social déjà réduit à portion congrue par la cure d’austérité montienne. Mais ces deux mesures, pour ne prendre que celles-là, constituent autant de promesses électorales à forte connotation symbolique, auxquelles les hommes de Silvio Berlusconi ne comptent renoncer sous aucune condition. Et donc de parfaits prétextes, si elles ne devaient pas être traduites en actes concrets, pour retirer, lorsque les intérêts judiciaires du Cavaliere le nécessiteront, l’appui au gouvernement d’Enrico Letta.

Dans ce contexte, les appels du centre-droite à ne pas lier les vicissitudes judiciaires de l’ancien chef de gouvernement et la viabilité de l’actuel exécutif méritent une double lecture. Il est en effet hautement improbable qu’Enrico Letta soit ouvertement contrait à la démission pour garantir l’inéligibilité du Cavaliere. Cela nuirait, en tout état de cause, à l’image d’élu responsable que Silvio Berlusconi s’est attelé à construire depuis novembre 2011. Mais nul n’ignore que le gouvernement d’union nationale s’est ficelé, dans la foulée de l’élection d’un Président de la République bienveillant à l’égard de Silvio Berlusconi, dans un climat de pacification entre la gauche et la droite. Pacification dont l’éligibilité de Sua Emittenza est l’imprescriptible condition. Le récent appel au corps judiciaire lancé par Giorgio Napolitano, qui préside de droit le Conseil National de la Magistrature, à ne pas exaspérer le climat de crise institutionnelle relevait de cette optique.

Qu’en sera-t-il désormais ? Tout porte à croire que la condamnation de ce mardi, extrêmement sévère, sera perçue par les partisans de Silvio Berlusconi comme une réelle déclaration de guerre. Comme une rupture unilatérale du pacte de pacification. Rupture dont la Parti démocrate sera tenu pour co-responsable. Dans cette optique, le plus probable est que le calendrier judiciaire chargé de Silvio Berlusconi (inculpation possible pour corruption d’élus fin de cette semaine, début des débats en Cassation, au civil, ce vendredi pour corruption de juges, verdict définitif pour fraude fiscale dans l’affaire Mediaset à l’automne) se transforme en un outil de radicalisation du climat politique. De clivage préélectoral, sur base d’une rhétorique martyrologisante, entre les partisans du renouveau moral et les défenseurs de la thèse de la persécution judiciaire. Et puisque, pour être applicable, l’inéligibilité d’un élu doit être ratifiée par le Parlement, autant disposer, au terme d’une campagne électorale rondement menée, d’une majorité fiable avant que la Cassation ne se prononce définitivement. En décembre 2013. Comme lorsque plus de trois cent vingt députés nièrent, il y a moins de trois ans, des perquisitions judiciaires dans ce même procès-Ruby parce que leur chef de file pensait sincèrement, disaient-il, que Karima El Mahrough, dite Ruby Rubacuori, était la nièce du président égyptien Hosni Moubarak. Fort de sondages créditant la coalition de centre-droit de plus de 35 % d’intention de vote, le coup est jouable. Sans considération d’ordre éthique ou moral, bien entendu.

#Berlusconi #Bungabunga #Italie

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