Démasquez Zorro !

Parfois de simples choses vues suffisaient à dire l’état du Beau pays. Un homme bien mis en extase dans le métro. Un Ipod à fond dans les tympans avec réducteur du bruit venu de l’extérieur. Incommunicabilité. Rater un coup de fil d’amour – il n’entendit ni ne sentit son portable sonner ni vibrer -, alors que tout le wagon, oui. Ne pas entendre non plus le musicien du métro avec ses fausses notes qui jouait le même morceau que celui inondant ses pavillons de riche : une valse de Chopin. Après cette dernière rebuffade, le nouveau misérable fit un pas de plus vers la fin volontaire de sa vie. Impitoyable était l’affiche. Elle indiquait en très gros caractère sa nouvelle exposition : « Soulages ». Mais son nom venait d’être barré d’un bandeau où on lisait « Derniers jours ». Ça faisait drôle, litote pour c’était sinistre. A peine sorti heureusement – si puissante avait été la sagesse du peuple – de l’ignoble débat sur la prétendue identité nationale qu’un autre surgissait, autrement oiseux ; le Beau pays s’était lancé dans une question de la plus haute importance : fallait-il enlever le masque de Zorro ? On s’envoyait à la tête les arguments. Les uns : cela n’a aucune importance, on sait qui est en dessous ; les autres : oui, il faut démasquer les prétendus défenseurs de la veuve et de l’orphelin, et démasquer aussi leurs véritables motivations ; un dernier : comme tout citoyen, Zorro a le droit à l’anonymat, et à défendre ses convictions les plus secrètes ainsi, accessoirement que sa pudeur ! La pudeur de Zorro ? Vous voulez rire ? Pas plus que Belphégor, Fantômas, n’importe quel cagoulard, terroriste ou Ku Klux Klan, nul n’avait le droit de cacher son visage sous quelque prétexte que ce soit, crapulerie ou vertu. Sauf période de Carnaval, cela va sans dire. Dommage, c’était juste passé ! Il faudrait attendre un an de plus ! Voulez-vous dire pas de loi anti-burqa ? Faire des lois nouvelles pour chaque groupe de citoyen à protéger ou à punir, même quand il ne comptait que quelques membres, voilà ce qui prouvait à quel point plus aucun principe fort ne présidait aux destinées de la France. Cela ne révélait que l’impuissance de la loi, puis de la force publique qui était chargée de l’appliquer. Résultat : alors qu’il aurait fallu mettre un voile pudique sur Chatroulette le nouveau porno du pauvre sur internet, et enlever en douceur celui des brebis égarées d’une religion aux obligations imaginaires, on répondait dans un cas par le laxisme, dans l’autre par l’autoritarisme. Aussi inappropriés l’un que l’autre. La France en était là de ses réflexions quand le plus grand cataclysme de son histoire l’atteignit. Non, pas la tempête, pire : un tsunami qui l’avait fait disparaître purement et simplement de la carte ainsi que tous ses voisins immédiats. C’était celle reproduite en couverture de Time avec comme titre « Où est passée l’Europe ? » On pouvait dire ce qu’on voulait : les Américains ne savaient pas toujours apporter les bonnes réponses, mais ils savaient poser les bonnes questions. Jusqu’à mardi prochain.

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