D’étranges aveux, de vous à moi


Avec ce roman d’Alexandre Lacroix, aujourd’hui directeur d’une importante revue de philosophie, on touche aux frontières des genres, entre roman et autobiographie. Car à l’évidence, le narrateur est l’auteur, et l’adolescent de seize ans dont il nous raconte la vie, c’est lui. Mais il y a la construction, les choix, le ton, le style. L’utilisation de Nietzsche pour expliquer et excuser les dérives, les lâchetés, les médiocrités propres à cet âge (l’âge adulte en a d’autres), puis pour faire comprendre au narrateur, lors d’un examen à la fac, qu’il a trahi son dieu – celui-là même qui proclamait la mort de l’Autre – en le fondant dans le moule réducteur d’un exposé universitaire. Dans ce tableau d’une jeunesse aisée et parisienne des années 1990, l’auteur ne cherche pas à se rendre sympathique. C’est à la fois la difficulté et la richesse de ce roman ; on a l’impression de flotter dans les eaux amères d’un Nizan, voire d’un Drieu la Rochelle. Mais la fin nous renvoie à nous-mêmes, à ce que nous avons fait de nos rêves d’enfant et d’adolescent. Elle met dans la balance nos complaisances comme nos intolérances, comme Zarathoustra rappelant que la vie est un exercice d’équilibriste au-dessus du vide…