D’après des personnages réels


Si les deux enfants se retrouvent dans leur détestation du catéchisme, ils ne s’aiment guère. Ils s’opposent même souvent, soit dans la même bande, soit en leaders de bandes rivales. Jusqu’en 1907, date à laquelle ils se verront pour la dernière fois, leurs chemins vont se croiser à plusieurs reprises. Du séminaire de Tiflis, où il se révèle être un agitateur indomptable, Sosso est envoyé en Sibérie d’où il reviendra en ardent bolchevik. Joseph, de son côté, collégien dans la même ville avant d’aller étudier à Paris avec un garçon de son âge, le futur Kamenev (membre du triumvirat soviétique avec Staline et Zinoviev), s’il défend lui aussi des idées révolutionnaires, se bat d’abord pour une Géorgie libre. Vers 1905, les deux jeunes hommes sont les chefs de deux milices rivales de Tiflis qui se livrent à des pillages spectaculaires, couverts par la population. «Sont-ils des héros ou des bandits», s’interroge la descendante de l’un d’eux. Joseph attendra la mort de «l’autre Joseph» avant d’évoquer leurs supposés liens de sang. Fruit d’un long travail d’enquête, ce roman est de bout en bout passionnant et fascinant, montrant que sous Sosso, puis Koba, perçait déjà le monstre sanguinaire. (Sabine Wespieser Editeur, 277 pages, 21 €)