Dans la vie, faut s’en faire

La France en avait fait assez pour demeurer à ses yeux sinon aux yeux du monde, une héroïne de la cause des peuples. Son dernier fait d’arme humanitaire pendant la dernière phase de sauvetage après le séisme de Haïti avait été repris partout : c’était ses secouristes à elle qui avaient sauvé le dernier survivant de la catastrophe monstre aux plus de 150.000 morts. Il s’appelait Wismond Exantus, il avait 24 ans, il était le 133ème et ultime rescapé, 11 jours après le Jour fatal. Enfin dégagé, il avait expliqué dans un souffle avoir dû sa survie au fait qu’il avait été enseveli dans une épicerie : pendant tout ce temps là, il avait bu du Coca cola (et non pas « une boisson gazeuse » anonyme comme le disaient les radios) et mangé des chips. Ces sacrés Américains, non contents de déployer une incroyable armada, il fallait encore qu’ils viennent gâcher nos victimes à nous en les sauvant par procuration. Non, le Beau pays n’avait pas à rougir. Sans avoir eu besoin de hisser de grands drapeaux comme les Chinois pour montrer qu’ils étaient là, il avait présenté le visage fraternel, solidaire compétent et parfois charmant de ses femmes dont un sourire adoucissait les chagrins du désastre, de ses médecins, pompiers et secouristes dont le travail acharné faisait oublier qu’ils venaient du pays des 35 heures. La France aussi avait eu son grand concert de charité, bon, elle n’avait pas eu George Clooney, mais elle, elle avait une Première Dame qui arrivait pile à l’heure avec les gestes adaptés pour recevoir les enfants d’Haïti adoptés par des Français, en provenance d’un avion arrivé pile à l’heure lui aussi pour le journal télévisé de 20 heures. Ah ! comme elle était accueillante, cette belle France, et bien réglée. Mais voilà que, quelques jours plus tard, des boat people abordaient aux côte de la Corse. Pas de fanfare pour les clandestins qui se disaient kurdes d’origine syrienne. 57 hommes, 38 enfants dont 9 nourrissons, 39 femmes dont 5 enceintes. Y avait-il eu un séisme en Syrie ? Non ? Alors passez votre chemin ! Besson veillait, qui fit embarquer tout ce beau monde illico dans des centres de rétention afin de les renvoyer au plus vite d’où ils venaient même si on n’en savait trop rien. Heureusement, en France, il n’y avait pas que les garants de « l’identité nationale et de l’immigration », il y avait aussi les garants des droits en la personne du juges des libertés. Les réfugiés étaient libérés pour vice de forme. L’honneur était sauf. Pour le reste, presque rien. Peillon l’homme qui posait des lapins aux grandes émissions télé et avait parlé de « psychiatrie lourde » à propos de son amie Royal, au lieu de se faire oublier, en rajoutait et traitait maintenant la télé publique de « servile ». En tout cas, le fait était là, le président de la République avait choisi la télé privée, la Une, pour apparaître en exclusivité dans le journal de Laurence Ferrari et pour une émission spéciale face à des « Français ». Les dossiers étaient si lourds, son impopularité si grande, la concurrence si lourde (Star Wars sur M6) que dans les couloirs de la tour TF1, on jouait à se faire peur : et si, au dernier moment il faisait faux-bond, comme petit Peillon ? Jusqu’à mardi prochain.

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