De là-haut à ici-bas


C’est par le biais de Théodore Monod que Sylvain Estibal a faits ses premiers pas éditoriaux, signant successivement à la fin des années 1990 un beau-livre sur «l’arpenteur du désert» puis un livre d’entretien avec le vieil homme. Il est resté dans le Sahara en 2003 en faisant d’un aviateur disparu dans les années 1930 au cœur de cette immensité le héros de son premier roman, Le dernier vol du Lancaster, prochainement adapté au cinéma avec Marion Cotillard et Guillaume Canet.

Aujourd’hui, grâce à Eternel, il se propulse dans le temps – en 2046 – et dans l’espace –à quelques centaines de milliers de kilomètres de la terre. Au moment où un astéroïde menace de croiser la route de notre planète, suscitant des réactions contrastées chez ses habitants tout en semblant finalement convenir au très impopulaire président d’un Etat jamais nommé, une mission spatiale revient de la lune. Mais rien ne va plus à bord du vaisseau: ses neuf occupants, qui se jalousent les uns les autres en attendant de savoir lequel d’entre eux sera choisi pour larguer dans l’espace le serveur Eternel contenant toute la mémoire des hommes, meurent les uns après les autres. Servi par des personnages forts et une écriture dense, cet excellent roman mêle subtilement un suspense que n’aurait pas renié Agatha Christie à une réflexion particulièrement pertinente autour de notre devenir, du pouvoir et de la nature humaine.

De retour sur le plancher des vaches avec Prenez l’avion, le nouveau roman de l’auteur de J’apprends l’allemand ou de Le vrai est au coffre. Un retour violent, en réalité, car l’avion du narrateur – un Anglais – s’est écrasé et, de ce crash, il est le seul survivant avec un Français qui lui a sauvé la vie. Une fois remis, Lindsay traverse la Manche pour retrouver son sauveur qui, lui, est toujours dans le coma. Logeant dans son appartement parisien, le jeune homme vient le voir tous les jours, tout en lisant assidûment son blog. Au point de tomber amoureux de cet inconnu, homosexuel comme lui – l’auteur entretenant un temps le doute avec des prénoms comme Camille et Dominique.

Denis Lachaud, plongeant dans le passé de ses deux héros dont il raconte le passé par bribes, a écrit un roman intimiste toujours juste dans la peinture de leurs sentiments et émotions. Si Lindsay n’hésite pas à se confier, la personnalité d’Emmanuel est dévoilée à travers les brefs textes poétiques inscrits sur son blog qui rendent fidèlement compte de son désarroi intérieur et de sa fragilité.

Sylvain Estibal, Eternel, Actes Sud, 229 pages, 18 €

Denis Lachaud, Prenez l’avion, Actes Sud, 219 pages, 18 €