De l’art d’être bref


Vie de ma voisine, de Geneviève Brisac (Grasset). Déménageant dans un nouvel immeuble, la romancière reçoit la visite de sa voisine qui a connu dans les années 1960 Charlotte Delbo, déportée et auteure de la trilogie Auschwitz et après. Habitant Vincennes, les parents d’Eugénie, dit Jenny, ont été raflés en juillet 1942, sans espoir de retour, tandis qu’elle et son frère, en tant que Français, ont pu rester, se débrouillant comme ils le purent. Après-guerre, elle s’est engagée politiquement, d’abord chez les communistes, participant au mouvement des Auberges de Jeunesse, puis a combattu la Guerre d’Algérie, avec son mari Jean-René Chauvin revenu des camps, auteur du témoignage Un Trotskiste dans l’enfer nazi. Geneviève Brisac se met parfois dans la peau de sa voisine pour rendre ce récit plus vrai, et ça sonne juste.


Trois ex, de Régine Detambel (Actes Sud). Quel odieux bonhomme que cet August Strindberg (1849-1912), l’auteur suédois de Mademoiselle Julie (notamment). Il est jaloux, narcissique, égoïste, violent, méchant, etc., comme s’en sont rendu compte ses trois épouses successives évoquées ici : la Finlandaise Siri, d’abord mariée à un officier et qui rêve d’être comédienne, et dont il aura trois enfants ; la journaliste autrichienne Frida de 20 ans (il en a 43) qui, enceinte, se rend vite compte de sa bévue ; et la très amoureuse Harriet, elle aussi actrice de 22 ans, qui, mère d’une fille, le quitte à douze reprises, revient onze fois, avant de définitivement demander le divorce. La critique est impitoyable avec ses œuvres, et l’une d’elles, Mariés !, est victime d’un procès (gagné) pour outrage à la religion.