De la nécessité de penser le « nous »

Le philosophe français Bernard-Henry Lévy déclarait cette semaine, dans le quotidien italien Il Corriere della Sera, qu’une sorte de fatwa avait été jetée, depuis la crise de novembre 2008, sur le mot « libéralisme ». Que celui-ci était presque devenu, pour un pan important de la société, un synonyme du terme « fascisme ». Selon lui, cette attitude était   non seulement injuste mais aussi privée d’un réel fondement objectif. Pourquoi ? Parce que contrairement aux idées reçues, le libéralisme est un effort constant pour inventer des normes et des règles qui permettent de surmonter la lutte entre les hommes.

Probablement en va-t-il ainsi. Mais la réalité historique est claire : en Occident, depuis l’entre-deux-guerres, le pouvoir politique, d’inspiration libérale, a confié au modèle socio-économique capitaliste la charge de notre bien-être. Et personne ne peut légitimement affirmer que le revenu national moyen par habitant, le nombre et la qualité des services offerts aux citoyens, le rapport à l’environnement sont moins bons aujourd’hui que ce qu’ils étaient il y a cinquante ans.

Il n’en demeure pas moins que nous sommes confrontés à d’importants déséquilibres sociaux, à une précarisation croissante de pans entiers de nos sociétés, à des crises identitaires majeures. Alors, s’agit-il – ou s’agit-il seulement – de la faillite d’un modèle socio-économique ? Nous pensons que non (ou pas seulement). Le mal est plus profond, plus absolu, il est à chercher dans l’essence même de notre vivre en commun. Mieux : dans  la négation par la collectivité (dans toutes ses composantes sans exception : le politique, l’économique, la société civile) de son fondement premier : l’intérêt général, entendu comme l’intérêt de l’ensemble.

Autrement dit, le mal vient, selon nous, d’une absence réelle de conception de la communauté, du demos de « démocratie ». Dès l’instant où nous avons admis le rôle central de l’économie – au détriment du social et du politique –, la primauté d’un esprit de conquête tourné vers l’intériorité, guidé avant tout par le désir d’obtenir des avantages personnels, nous avons nié l’essence même de notre existence.

Il est donc urgent de réfléchir au nous, à sa signification, à son devenir. Il nous faut le tendre comme une toile de fond dans laquelle cimenter nos pensées, nos débats, nos actions, nos choix. Politiques, économiques et sociaux. Sans cette indispensable toile de fond, nos pensées, nos débats, nos actions, nos choix perdraient le souffle indispensable à l’affirmation des singularités. Voilà peut-être, pour répondre à M. Lévy, le défi essentiel du libéralisme de demain (ou de tout autre système socio-politique à venir) : réussir le nous, penser son bien-être. Car nous n’existons que relativement, qu’en tant que partie d’une communauté. Sans le nous, le je n’existe pas.

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