De Veronica à Roberta, en passant par Brenda et Noemi


Silvio Berlusconi, © Reuter

En mai, il y eut Veronica, la cinquantaine bien liftée, ex mannequin, ex actrice. Elle annonça publiquement son intention de vouloir divorcer de Silvio, son mari premier ministre. Il est malade, disait-elle, il ne peut s’empêcher de fréquenter des mineures. Dont la jolie Noemi aux yeux en amande, aspirante mannequin, aspirante actrice. De son côté, Noemi jura qu’entre elle et Silvio il n’y avait rien d’autre qu’une belle et platonique amitié. Et même si personne ou presque ne la croyait, elle ne comprenait pas pourquoi Veronica inventait toute cette histoire, dont le seul objectif était de les salir, elle et Silvio. En juin intervint Patrizia. Grande, blonde, quarante ans bien portés, call girl de son état mais avec des talents certains pour la danse et la comédie, disait-elle, bien qu’à l’époque elle se lançait en politique, candidate pour le parti de Silvio aux élections communales. Silvio et elle s’étaient aimés plusieurs fois, assurait-elle, dans le beau palais romain de la via del Plebiscito. Amour contre argent. Elle assura qu’elle avait des preuves, des enregistrements, des témoins. Si elle parlait, si elle livrait son impudeur à la place publique, c’est que Silvio l’avait trahie. Il lui avait promis tout un tas de choses. Mais comme beaucoup d’hommes – et les hommes elle les connaissait, clients, amants, séducteurs d’un soir – oui, comme beaucoup d’hommes, une fois qu’il eut consumé le feu de sa passion, le Silvio, il laissa ses promesses partir en fumée. En juillet, ce fut au tour de Brenda, transsexuel brésilien d’un mètre nonante, de faire l’actualité. Les hommes, elle aussi les connaissait bien, comme pour Patrizia et, en quelque sorte pour Noemi, ils étaient son gagne pain, la promesse illusoire d’un monde meilleur. A cette époque, Brenda voyait Piero, pas encore premier ministre comme Silvio mais tout de même président de la région du Latium, ce qui n’était pas rien. Eux aussi, comme Patrizia et Silvio, avaient échangé de l’amour contre de l’argent. Pas dans un palais, non, mais dans son minuscule appartement à elle, via Due Ponti, le quartier des Trans. Et puis un soir, patatra ! Alors qu’elle était avec Piero, des gendarmes font irruption dans leur nid d’amour, caméra au poing. Ils crient, injurient, filment, prennent des photos indiscrètes. Effrayé, Piero les paye, trois chèques, un de dix mille euros et deux de cinq mille. Suivent deux mois de peur, août et septembre : les ripoux tentent de monnayer le fruit de leurs méfaits auprès des magazines people et continuent de faire chanter Piero. Octobre amène le scandale. Les maîtres-chanteurs sont arrêtés, Piero démissionne, part en retraite spirituelle à l’Abbaye du Mont Cassin. Tout le monde pense alors à Roberta, journaliste brillante, épouse de Piero. Peut-être aura-t-elle songé aux déclarations tonitruantes de Veronica, la femme de Silvio ? Qui sait ? Elle préfère jouer la carte de la sobriété, de la dignité. Elle traversera l’épreuve aux côtés de Piero et de leurs filles, dit-elle. Vinrent alors novembre, l’enquête judiciaire et les premières déclarations de Brenda. Dangereuses. Trop dangereuses. Elle dispose de vidéos, de photos, dit-elle, prises à l’insu de ses clients. Qui concernent Piero ? lui demandent les carabiniers. Oui, répond-elle. Qui concernent aussi d’autres personnages publics ? Pas de réponse. Brenda reprend son travail sur les marchepieds de la capitale, elle a besoin d’argent. Mais déjà il se dit qu’elle parle trop, qu’elle n’est pas fiable. Elle a moins de chance que Patrizia et que Noemi. Pas les mêmes quartiers. Pas la même capacité à réfléchir la lumière. Dans la nuit du 8 au 9 novembre, elle est sauvagement agressée, délestée de son téléphone portable. Le 20 novembre : alertés pour un début d’incendie, les pompiers se rendent à l’appartement de la via Due Ponti vers quatre heures du matin. Ils y trouvent le corps sans vie de Brenda, enveloppé d’un nuage de fumée. Ils trouvent aussi l’ordinateur de la jeune femme plongé dans l’eau d’un évier. L’assassinat est l’hypothèse la plus probable, déclare le procureur. Que va bien pouvoir révéler l’ordinateur de Brenda ? Tristes affaires. Il serait facile de conclure sur l’affaiblissement de l’Etat lorsque la vie privée de ses représentants se prête aux chantages. D’évoquer la nécessaire adéquation entre moralité et exercice des plus hautes responsabilités. Nous préférons soulever un détail fourni par l’entremêlement des histoires de Silvio et Piero : selon ses propres dires, le 19 octobre, Silvio, qui est aussi le plus important éditeur du pays, est mis au courant par ses services de presse d’un chantage sur la personne de Piero. Contrairement à ce que lui impose son statut de chef de gouvernement, de premier citoyen tenu à l’exemplarité dans ses relations avec les autres corps institués, il ne dénonce pas les faits. Il téléphone plutôt à Piero. Pour lui conseiller de porter plainte ? Non, pour le mettre en contact avec l’agence Photo Masi, qui travaille régulièrement avec ses journaux et à qui les ripoux avaient demandé de trouver un acheteur pour leur vidéo. Le but ? Trouver un arrangement. Car ainsi va la vie en Berlusconie.

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