Des bonnes nouvelles de Claude Pujade Renaud


Claude Pujade Renaud fait partie des meilleurs écrivains actuels mais seuls le savent ceux qui la lisent car elle ne jouit pas d’une exposition médiatique excessive, c’est le moins que l’on puisse dire. Depuis le milieu des années 1980 (si l’on excepte La Ventriloque paru en 1978), l’animatrice de la revue Nouvelles Nouvelles (depuis longtemps disparue) alterne avec un égal bonheur recueils de textes courts (Un si joli petit livre, Vous êtes toute seule?, Au lecteur précoce) et romans souvent longs (La nuit la neige, Platon était malade, Le désert de la grâce, Les femmes du braconnier). L’an dernier, elle a publié Dans l’ombre de la lumière (réédité chez Babel comme tous ses autres livres) dont le héros est le futur saint Augustin au temps où il était un beau et ardent jeune homme, de surcroît manichéen – religion considérée comme hérétique reposant sur la distinction entre les royaumes de la lumière (le Bien) et des ténèbres (le Mal) -, refusant l’idée même de l’incarnation. A cette époque, il vivait sobrement à Carthage avec une épouse qu’il aimait et dont il avait eu un fils, mais qu’il répudiera. C’est à cette femme oubliée par l’histoire, qu’elle nomme Elissa, que Claude Pujade-Renaud donne la parole. D’une plume extrêmement sensible, elle rend compte d’une fin de siècle, le IVe, riche en bouleversements, le Dieu chrétien remplaçant notamment les dieux païens dont les défenseurs se voient à leur tour persécutés. Augustin s’engage alors sur la voix mystique, mais aussi dogmatique, qui fera sa gloire.