Des chiffres et des mots

Et c’était reparti ! L’invective pour tout débat, le péché pas du tout mignon des Français. Benoît Hamon : « Strauss-Kahn fait chier », Marianne qui apostrophait Kouchner d’un « casse-toi, et vite ! » en couverture, Aubry qui traitait les journalistes de chacals ou était-ce de « vautours » comme elle l’avait corrigé ? Des noms d’oiseaux, en tout cas. La patronne du PS avait d’ailleurs remporté un franc succès en « comparant », ainsi que le répétaient en boucle les commentateurs, Sarkozy à Madoff, le célèbre escroc de Wall street. En fait, elle ne l’avait pas comparé, elle avait seulement dit que Sarkozy qui donne des leçons de maîtrise budgétaire, c’est un peu comme si Madoff venait donner des cours de comptabilité. Mais foin de la nuance. Les Français adoraient faire monter la sauce, comme si le Beau pays n’était qu’un vulgaire bistrot à l’heure de l’apéro entre Gaulois vindicatifs. En cela, il était digne de son président dont le « casse-toi pov’ con » demeurait hélas la référence. Parce qu’il avait osé dire que Mitterrand (le président) était responsable de la retraite à 60 ans, il s’était en tout cas attiré de la part de la dame des 35 heures une volée : elle avait ainsi dénoncé son «inélégance » et sa « dose de vulgarité. »

Bref l’opinion comptait les points et attendait toujours des réponses aux vraies questions. Car ce n’était pas les débats de fond qui manquaient, pourtant. Par exemple pourquoi les Français commençaient seulement, presque les derniers de leur espèce, à s’apercevoir que « la retraite à 60 ans » était un dogme qui ne reposait sur rien de plus qu’un slogan publicitaire bien trouvé. Ils y restaient accrochés comme des bernicles à leur rocher de convictions révélées. Or, jusqu’aux rangs même de l’opposition, DSK venait de reconnaître que c’était là une absurdité économique et qu’y renoncer n’attaquerait en rien le bien-être qu’on devait aux anciens. Et pourtant, le slogan avait encore de beaux jours devant lui. Il avait encore été arboré lors de la dernière journée d’action organisée par les syndicats.

Une démonstration de masse dans la rue ? Même là-dessus, les Français n’arrivaient pas à s’entendre. A l’heure où, par satellite, on pouvait compter une par une des têtes d’épingles depuis le ciel, eh bien nous, nous continuions pour estimer l’importance d’une manifestation à écrire sans rire : « 1 million de personnes selon les organisateurs, 350.000 selon la police. » Mais on était en France, les chiffres ne comptaient pas. Et l’on préférait demeurer sur ces invraisemblables approximations pour pouvoir continuer de s’envoyer à la tête qu’une manif était un succès ou un échec.

Il était heureusement un domaine où les chiffres ne manquaient pas, celui des sciences exactes, le sport, par exemple. Zéro, c’était le nombre de Français qui demeurait bien en court pour la deuxième semaine des internationaux de tennis à Roland Garros. 1-1, c’était le score des Bleus contre la Tunisie sur le chemin du mondial d’Afrique du sud. Bref les Français étaient fâchés en ce moment. Avec eux-mêmes et d’abord, avec les chiffres.

Jusqu’à mardi prochain.

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