Donner la vie


Colette Nys-Mazure l’a si bien écrit : donner la vie à un enfant, c’est aussi lui donner la mort. Dans son roman, Bassignac met en scène un couple qui se délite, et leur fils devenu voleur de luxe par réaction contre leurs silences. Le père est un écrivain à succès qui a cessé d’écrire ; sa femme, elle, publie des livres de recettes qui marchent bien. Mais il n’y a pas de recette pour réussir à être de bons parents, et vient un moment où votre progéniture s’échappe… Tout se joue ici sur le désespoir que les clichés engendrent, à commencer par celui du temps qui use et tue, avec des fulgurances de style qui rendent à ces clichés une prime jeunesse, celle où ils étaient encore des intuitions subtiles, voire des coups de génie. Sans oublier une galerie de personnages plus touchants les uns que les autres, dans un univers certes parisien et branché, mais qui retrouve un peu de cette humanité qu’une littérature germanopratine a ensevelie sous la superficialité la plus glacée.