Droit de suite : Jean-Paul Didierlaurent



Jean-Paul Didierlaurent, La fissure, Au Diable Vauvert, 328 pages, 18 €


En 2014, Jean-Paul Didierlaurent a publié un délicieux premier roman, qui a connu un certain succès, Le Liseur du 6h27, l’histoire d’un homme qui lit dans le métro des pages de bouquins pilonnés récupérées dans la broyeuse qu'il actionne quotidiennement, tout en aidant un ancien employé à retrouver un étrange ouvrage. Deux ans plus tard, il récidivait joliment avec Le temps qui reste, dont j’ai à l’époque parlé dans ce blog. La fissure, le troisième roman de ce nouvelliste multi-primé, met en scène un représentant de nains de jardins – profession qu’il assume mal - découvrant une fissure dans le mur de sa maison de campagne, à Alzon, dans les Cévennes. Cette fissure va devenir pour lui obsessionnelle, et révéler une autre faille, bien plus profonde, celle de sa propre vie. Au point de l’amener à parcourir la moitié de la terre jusqu’à Chatham Island, l’île néo-zélandaise qui est l’exact opposé de son village. Ce périple, il le réalise en compagnie de Numéro 8, le plus grand nain de jardin produit par son entreprise avec lequel il ne cesse de dialoguer, ce petit bonhomme à la bouille hilare devenant sa conscience qui n’hésité pas à le remettre à sa place.

Si la première partie est trop lente et trop bavarde, et aurait mérité d’être resserrée, l’auteur se laissant un peu trop aller à regarder vivre et penser son personnage, et lui faisant faire des choses sans grand intérêt pour l’histoire, on retrouve en revanche, au cours de l’épisode dans le hameau néo-zélandais, sorte de verso du village français où il rencontre d’étranges figures locales, la fantaisie des romans précédents. « La fissure est un prisme qui montre au personnage la réalité de son existence, explique Jean-Paul Didierlaurent. Il prend conscience de certaines choses, comme la pauvreté de sa vie de couple, et il ne peut plus “faire avec”. Il commence à se poser des questions, au départ assez basiques, puis d’ordre spirituel. Sa fuite va devenir une quête. »