Dupuis, histoire de Spirou et Intégrales, suites


Dans ce second volume, qui se laisse regarder avec passion tant ses illustrations sont riches et rares, Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault recourent au même procédé que dans le premier tome paru il y a trois ans: ils introduisent chaque chapitre et interviennent dans leur déroulement tout en donnant la priorité aux témoignages des intéressés ou à leurs descendants: André Franquin et sa fille, Yvan Delporte, Jijé et ses enfants, Morris et une quantité d’autres dessinateurs ou d’anciens employés de l’imprimerie qui ont connu la période abordée. 1947 est une date charnière dans l’histoire de Spirou et Fantasio puisqu’en janvier, Franquin, qui a timidement repris les personnages l’année précédente, s’installe avec Morris (futur père de Lucky Luke) dans le grenier de la famille Jijé à Waterloo où vit déjà Will (futur dessinateur de Tif et Tondu). Cette vie «communautaire quasi familiale» va les souder et ainsi donner au Journal de Spirou une forme de cohérence qui, plus tard, sera appelée «l’école de Marcinelle». Les auteurs notent que les éditions Dupuis deviennent ainsi le «creuset d’un courant artistique majeur de la seconde moitié du XXe siècle», allant jusqu’à comparer nos quatre lascars… aux Beatles! C’est cette année-là aussi que Franquin signe avec Dupuis un contrat qui en fait le dessinateur attitré de Spirou qui reste néanmoins propriété de l’éditeur. Ce sont les prémisses de la structuration d’une profession jusqu’alors dépourvue de tout cadre juridique.

Début août 1948, Jijé (avec sa femme et leurs quatre enfants, dont un bébé), Franquin et Morris embarquent à Rotterdam, munis de visas mexicains, dans un transatlantique pour les Etats-Unis où le dessinateur de Blondin et Cirage, effrayé par les risques d’un nouveau conflit mondial, pense s’installer définitivement. D’ailleurs sept énormes caisses remplies d’objets divers et de matériel de dessin les ont précédés – mais seront bloquées plusieurs semaines dans la soute du navire à cause d’une grève des dockers. Si l’acheminement des planches depuis le Mexique vers Marcinelle est épique – il se fait notamment par l’intermédiaire de moines -, l’hebdo continue de paraître avec leurs séries respectives.

C’est en novembre 1954 que naît dans le Journal de Spirou sous la plume de Michel Tacq, dit MiTacq, une série qui marquera son histoire durant quatre décennies et trente albums, La Patrouille des Castors. Rééditées une première fois intégralement dans Tout MiTacq, les aventures de Poulain, Chat, Faucon, Tapir et Mouche sont reprises depuis 2011 dans de somptueux albums dont vient de paraître le septième tome reprenant les 26, 27 et 28ème épisodes, respectivement parus en 1986, 1987 et 1989 (plus le récit L’Empreinte issu du 25ème). Le long dossier d’une soixantaine de pages écrit par Gilles Ratier qui ouvre cette Intégrale resitue la parution de ces albums dans un contexte éditorial et économique chahuté puisqu’en 1985, Dupuis est vendu à Albert Frère. L’homme d’affaires belge engage comme directeur Jean Van Hamme, déjà scénariste reconnu, qui évite que le magazine, alors dirigé par Philippe Vandooren, soit supprimé par son nouveau propriétaire. L’île au Crabe et Blocus forment un diptyque altermondialiste où MiTacq témoigne de son intérêt pour le tiers-monde. Et Le Calvaire du mort, publié non pas dans Spirou mais dans Télémoustique Junior, et scénarisé par Marc Wasterlain, se passe dans les Ardennes belges avec des flash-backs concernant l’Offensive des Ardennes de décembre 1944 et des allusions aux tueurs du Brabant wallon qui sévissent alors. Ces Intégrales contiennent en outre des documents exceptionnels: un gag d’une page publié dans le numéro spécial du 45e anniversaire du Journal de Spirou, de nombreux crayonnés, différents projets de couvertures, des synopsis ou encore les planches originales de Délivrance, un récit de cinq pages paru dans Télémoustique en mars 1986.


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