Echec et chèque scolaires

Heureux peuple qui s’enflammait comme de l’amadou à la moindre parole en guise d’étincelle. Procédé au demeurant vieux comme le pouvoir. Il suffisait d’amuser le tapis pour détourner l’attention des sujets sérieux qui ne manquaient pourtant pas, comme la votation populaire sur l’avenir de la poste où la France se prit pour la Suisse.

Cette fois, celui qui s’y colla à son corps défendant fut le Haut-commissaire aux Solidarités actives et à la jeunesse. A ceux qui doutaient encore que le paradis ait un pays et qu’il s’appelait la France, Martin Hirsch vint apporter une preuve supplémentaire. Pour lutter contre l’absentéisme de plus en plus inquiétant des élèves, il proposa de payer les lycéens pour venir en classe. Devant le tollé général, il eut beau expliquer qu’on l’avait mal compris, qu’il s’agissait d’une récompense collective attribuée à une classe assidue et non pas individuelle par élève, que cela ne concernait pour l’instant que quelques établissements pilotes, rien n’y fit, les journaux avaient tous titré de la même façon : « Des élèves payés pour venir au lycée ».

Ah la belle et vaine polémique ! S’y engouffrèrent à plaisir ceux qui n’avaient rien d’autre à faire comme Bayrou (« C’est une histoire de dingue »), ceux qui refusaient de payer comme Woerth, ministre du Budget, ceux qui n’étaient pas au courant comme Luc Chatel, prétendu ministre de l’Education qui avait décidément du mal à suivre, ceux qui ramenaient leur culture politique en citant « l’argent qui corrompt » de Mitterrand (l’autre), et surtout la vox populi.

On rappela que certains parents payaient déjà leurs enfants (au forfait) pour débarrasser la table et faire la vaisselle, que dans le sud du pays, on offrait des places pour voir jouer (perdre) l’OM contre une présence au cours. Tant qu’on y était, pourquoi ne pas payer les bambins pour aller en maternelle, payer les bébés pour naître et soutenir la natalité, payer les vieux pour vieillir ? (Non, ça, ça existait déjà : ça s’appelait la retraite.)

Bref le pays était en ébullition et le Haut-commissaire pouvait méditer sur l’incompréhension des peuples et le fameux « un ministre ça ferme sa gueule ou… » de Chevènement. Quand on était ministre ou apparenté, on parlait toujours trop et jamais assez clairement. Jusqu’à Rocard qui venait seulement d’expliquer, après tant d’années, comme en un codicille à son règne trop court, son désastreux « La France ne peut accueillir toute la misère du monde… » Il fallait écouter la suite qui disait « … mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part. »

« Apprenez à parler ! » Le conseil est de Molière.

Jusqu’à mardi prochain.

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