Echos de pays du printemps arabe


Dans l’imaginaire commun, l’Egypte et la Tunisie sont pour une part liés, rapport à leurs printemps révolutionnaires simultanés mais aussi à l’élection de pouvoirs islamiques qui en sont sortis (même si en Egypte les choses ont fortement évolué). Bref, on regarde d’un œil curieux les livres qui nous arrivent de ces pays. Paru en 2010, donc peu avant la chute de Ben Ali, Souriez, vous êtes en Tunisie!, d’Habib Selmi, enseignant d’arabe installé à Paris depuis 1983, met intelligemment en scène, et non sans humour, la société tunisienne prérévolutionnaire. Venu de France où il vit depuis cinq ans pour passer les vacances chez son frère, un professeur, Taoufik découvre que les choses ont bien changé: sa belle-sœur est voilée, et c’est à peine si elle le touche pour le saluer, et son frère va chaque vendredi à la mosquée avec son fils – ce qui ne l’empêche pas de fumer après ses ablutions ni d’aimer particulièrement le whisky. Au café, le serveur qu’il connaît à peine lui demande un papier officiel certifiant qu’il l’héberge à Paris. Et la voisine du dessous, veuve, est considérée à la fois comme très pieuse et quasiment prostituée. Passant ses journées à flâner, le narrateur va de surprises en surprises, découvrant le ras-le-bol des Tunisiens qui aspirent à partir, et leur crainte de la police, tout en mettant le doigt sur les fortes contradictions minant son pays.

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