Elle est de retour…


Si l’on en croit la légende – et pourquoi ne la croirait-on pas ? –, tout a commencé il y a plusieurs centaines d’années. A Duino, dans la Province de Trieste. Il se dit qu’en ce temps-là, un chevalier ingrat méprisait ostensiblement sa gentille et vertueuse épouse, que chacun appelait Dama bianca, la Dame en blanc, parce qu’allait toujours de blanc vêtue. C’était une châtelaine d’une grande beauté, au cœur noble, à l’âme pure et délicate. Malgré les méchancetés de son odieux mari, elle continuait de l’aimer, lui pardonnait toutes les vexations, lui parlait amoureusement, espérant secrètement qu’un jour son cœur s’attendrirait. En vain : Au lieu de s’attendrir, l’ignoble chevalier, irrité par la bonté de son épouse, prémédita de s’en séparer à jamais. C’est ainsi qu’un soir, il l’attira au sommet d’un rocher enclavé sous les murailles du château, avec l’intention de la pousser dans la mer. La châtelaine comprit aussitôt les intentions de son mari, sans toutefois se soustraire à son triste destin. Au moment fatal, abasourdie, le cœur en pièces, elle leva les yeux au ciel et l’implorant de se monter clément. D’une certaine manière son vœu fut exaucé. L’esquisse d’un un cri sourd eut à peine le temps de franchir ses lèvres qu’il fut aussitôt interrompu. La belle avait été pétrifiée à jamais sur le haut de la roche de Duino.

On dit que, depuis ce jour mémorable, il n’est pas rare que la Dama bianca délaisse son habit de pierre pour s’en aller pérégriner de-ci de-là. Au-début, elle franchissait les portes fermées de son château pour rejoindre le landau de son enfant, au pied duquel elle s’agenouillait, priait, pleurait, avant de retourner sur la roche où, de nouveau, la douleur la pétrifiait. Mais au fil du temps, la Dama bianca se serait affranchie de plus en plus souvent de ses habits de pierre. Les sages et les poètes prétendent que, belle et lumineuse, elle serait apparue aux cotés de princes, chevaliers et autres personnages légendaires. Pour une heure, un jour, un mois, un an, qui sait puisque, pour les esprits, le temps s’étire indéfiniment. C’est alors toujours le même déferlement d’hypothèses, de conjectures, de suppositions farfelues et, disons-le, de potins et commérages. On lui attribue un nom, un prénom, un âge, pour finalement admettre que c’était bien elle, oui, c’était elle, la Dama bianca avait une nouvelle fois quitté la roche de Duino.

Les mauvaises langues disent cette fois qu’elle se nomme Francesca, qu’elle est âgée de vingt-huit ans et qu’elle aurait jeté son dévolu sur Lui, Silvio B., prince parmi les princes, chevaliers parmi les chevaliers. Qu’en moins de deux mois elle serait passée du statut de demandeuse d’emploi à celui de responsable du secrétariat général de la Région du Latium, la plus importante d’Italie. Qu’ensuite, moins d’un mois plus tard, elle aurait été nommée membre permanent de la délégation du Premier ministre au G8 de Huntsville. Ou encore : Que, délaissant la cantine d’un obscur bureau de chômage romain, elle aurait pris place au welcome dinner qui a ouvert les travaux du sommet mondial canadien. Tout ça, dixit les mauvaises langues, parce que Lui, le prince, Silvio B., aurait une prédilection certaine pour les crinières blondes, surtout lorsqu’elles sont traversées de chatoyants reflets dorés et – tenez-vous bien ! – parce qu’il considérerait les sommets internationaux comme de simples voyages d’agréments destinés à éblouir la belle du jour.

Vous rendez-vous compte ? Que le cœur de l’homme est vil ! Que de médisances, que de calomnies ! Comme si l’histoire n’enseignait pas ! Comme si la Dama bianca, par la faute des hommes aux esprits mesquins et étriqués, n’avait pas suffisamment souffert. Gageons que viendra le jour funeste où la belle châtelaine au cœur tant de fois brisé implorera le ciel de la figer à jamais dans son habit de pierre, au sommet de la roche de Duino, pour ne plus avoir à souffrir du venin de l’homme. Nous serons alors privés pour toujours de sa beauté, de sa grâce enchanteresse, un peu comme si, pour nous punir, un fragment de la beauté éternelle nous serait à jamais enlevée. A nous de solliciter votre clémence, cara Dama bianca, pardonnez notre cœur impur. Entretemps, si vous le permettez, nous vous souhaitons una buona vacanza !

Posts récents

Voir tout

NOUVEAU SITE

Cela fait de longues années que ce blog n’a pas été mis à jour. Non que ce soit une obligation ; mais là, vraiment, il était temps. Il n’y aura plus de nouveaux articles sur ce site. Je vous invite à

michaël, l’espiègle

Dans une belle lettre d’adieu à son coéquipier Michael Goolaerts, le triple champion du monde de cyclo-cross Wout Van Aert écrit qu’il ne faudra jamais oublier Michael, ce gars espiègle avec son étern

Anvers et contre tout

Anvers est loin de Vérone. Sous le balcon de Juliette, l’histoire d’amour était dramatique mais simple. Dans la métropole pluvieuse, la tragédie a tourné au Grand-Guignol. La Belgique est une terre de