En mémoire d’Alain Bertrand


J’étais en train de lire le dernier livre d’Alain Bertrand, «né à Gand comme Pierre Louÿs et [vivant] à Bastogne comme personne», lorsque j’ai appris avec stupeur et tristesse sa mort. Je l’avais croisé à plusieurs reprises, il avait une personnalité très attachante, et j’aimais beaucoup ses livres riches de ce côté légèrement décalé qui les singularisait. Ses plus récents, il les avait publiés chez l’éditeur bordelais Finitude (Je ne suis pas un cadeau, Une si jolie fermette) et chez Weyrich (Le lait de la terre), éditeur wallon où il dirigeait la collection Plumes du Coq avec Christian Libens. Son ultime ouvrage publié de son vivant, Jardin botanique, paru en novembre dernier chez son éditeur «historique» Le Castor astral, est un recueil de textes qui sont autant de plongeons dans le passé d’un énigmatique «je» récurrent. Divisé en trois parties – Bruxelles/Wallonie/Flandre -, Jardin botanique raconte de biais cet étrange pays qu’est la Belgique. Par le truchement de souvenirs d’enfance ou d’étudiants – qui n’en sont peut-être pas -, heureux ou moins, d’émois amoureux, du sirop de Liège, du peintre imaginaire Gaston Mairette («sorcier de l’art flamand, chaman de l’art wallon») ou de la moutarde de Gand. Mais qu’importe, en fait, de quoi parlent ces nouvelles, ce qui prime, comme chez tout vrai écrivain, c’est l’écriture, le style, le ton, la manière de dire les choses, le choix des mots, les tournures de phrases. Et Alain Bertrand était un prosateur hors pair. La littérature francophone, et belge en particulier, a perdu l’un de ses maîtres, c’est bien triste.