En passant par Avignon (1): Tom Lanoye, hélas!

Passant aux abords d’Avignon quelques jours avant la fin du Festival, j’ai voulu revoir un spectacle dans la Cour d’honneur du Palais des Papes découverte en 1987 avec l’inoubliable Soulier de Satin d’Antoine Vitez – subjugué 12 heures d’affilées par tant de beauté, de 7h du soir à 7h du matin si je me souviens bien, emmitouflé dans une couverture au milieu de gradins pleins d’un bout à l’autre – et retrouvée deux ans plus tard avec le nettement moins convaincant Récit de la servante Zerline interprété par Jeanne Moreau. Mal m’en a pris, le Sang et Roses de Tom Lanoye mis en scène par Guy Cassiers m’a laissé désespérément perplexe et passablement énervé (mais je suis l’un des seuls, manifestement, les critiques sont excellentes, voire dithyrambiques, et la pièce est en tournée à Paris, en Belgique et aux Pays-Bas l’an prochain). Le Flamand Tom Lanoye, considéré comme l’un des plus grands écrivains néerlandophones contemporains, s’est attaché à deux intrigantes figures historiques, Jeanne d’Arc et Gilles de Rais, dont il imagine la rencontre. Sur la jeune fille, dont le court chemin depuis son arrivée à la cour du futur roi de France jusqu’à son exécution occupe la première partie du spectacle, il n’apporte rien de bien neuf par rapport à ce qui a été dit, écrit ou filmé – de Gilles de Rais, interprété par Johan Leysen, que l’on croise aux côtés de Jeanne et qui est au centre du deuxième volet, je ne parlerai pas, n’ayant pas tenu jusque-là, l’ennui et le froid ont en effet eu raison de ma patience. Passe encore que son texte donne l’impression de rabâcher, insistant seulement sur l’innocence abusée et sur le lâchage dont est victime Jeanne de la part du pouvoir royal et de l’Eglise – choses bien connues qui font partie de l’histoire même du personnage. Mais ce que j’ai trouvé difficilement supportable, c’est sa mise en scène. Tandis que, sur la scène, les comédiens, perpétuellement statiques et affublés de costumes ridicules sur lesquels des mains sont cousues, monologuent ou dialoguent en néerlandais, ils apparaissent filmés, et sous-titrés en français, sur un grand écran recouvrant, et donc dissimulant, le mur du palais. Le spectateur assiste ainsi à un film dont les acteurs, évoluant devant différents décors simulés par deux petits écrans amovibles situés derrière eux, sont là en chair et en os. Acteurs que celui qui ne comprend pas le néerlandais ne regarde finalement plus, tout occupé qu’il est à déchiffrer les sous-titres. On vous parlera des jeux d’ombres, tout de même bien répétitifs, ou des gros plans de Jeanne évoquant la Falconetti de Dreyer. Il n’en reste pas moins que tout cela est. bien vain et, surtout, extrêmement prétentieux, comme si le théâtre ne se suffisait pas à lui -même et qu’il fallait à tout prix vouloir le renouveler. Notamment par le recours de plus en plus systématique à la vidéo (comme, d’ailleurs, dans les arts plastiques aujourd’hui appelés arts visuels). A moins que il faille voir ce Sang et Roses comme une parodie à la manière des Monty Python et leur sacré graal, ainsi que le laisse supposer cette scène totalement grotesque où Jeanne et Gilles font mine de chevaucher en trottinant sur place. Pourquoi pas, mais même en chaussant ces lunettes déformées, ce n’est pas drôle.

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