En suivant la côte, de Bray-Dunes à Hendaye


Parcourir le littoral français de la frontière belge à l’espagnole est un projet alléchant. L’écrivain Franck Maubert l’a fait, entre janvier à juin 2019. Mais, soit avais-je mal compris son intention, soit en attendais-je trop, le livre qu’il a tiré de ce périple, Le bruit de la mer, ne m’a pas totalement rassasié. À bord de sa Peugeot, l’auteur de plusieurs livres sur la peinture et sur Gainsbourg ne suit pas d’une traite la côte de bout en bout. Il revient régulièrement à Paris voir son ami Pierre qui souffre d’un cancer et, après la mer du Nord, la Côte d’Opale, la baie de Somme et une partie de la Normandie, il passe en Gironde puis dans les Landes et au Pays basque, avant de revenir en Bretagne et dans le Cotentin. Avec des crochets par l’île d’Yeu et les îles Chausey. D’autre part, il avance davantage par bonds, sautant par exemple au-dessus des plages du Débarquement (sauf Arromanches) et n’offrant qu’un aperçu bien parcellaire du littoral breton. Régulièrement, aussi, il s’aventure à l’intérieur des terres (par exemple à Bergues ou au manoir du Breuil à Équemauville, en Normandie, acheté par Françoise Sagan un petit matin avec l’argent gagné au poker dans la nuit, et aujourd’hui propriété du PDG d’Eurotunnel). C’est une balade buissonnière davantage que formelle, et sans doute est-ce cela qui m’a déçu. J’aurais aimé découvrir un aperçu précis des changements géographiques, urbanistiques, et donc culturels, de la Flandre française au Pays basque.

Ceci étant écrit, ce récit est très plaisant à lire. Son auteur décrit avec justesse et humour ce qu’il voit et ressent, dans un style très agréable, se transformant plus d’une fois en merveilleux guide touristique, évidemment érudit (avec son lot de références historiques), émaillant son périple de nombreux clins d’œil picturaux, littéraires et cinématographiques. Monet, Braque, Picasso, Gauguin et d’autres peintres reviennent de loin en loin, Duras hante l’hôtel des Roches Noires à Trouville (mais pas Proust, un peu plus bas à Cabourg), Jack Kerouac voit ses origines bretonnes rappelées par un nom de rue à Lanmeur et Chateaubriand repose toujours sur le Grand Bé, au-delà des remparts de Saint-Malo. À la suite du pèlerin, on croise César et Rosalie à Noirmoutier, on pénètre (brièvement) dans le café (déprimant) du Singe en hiver à Villerville, on tente d’apercevoir la silhouette de Jeanne Moreau dans les rues de Blaye où Peter Brook a tourné Moderato Cantabile, ou celles d’Aznavour et Serrault à Concarneau où Chabrol a installé sa caméra pour Les Fantômes du chapelier.

Et Frank Maubert fait des rencontres assez surprenantes : une femme qui envoie des baisers à une bouée dans le port de Sainte-Adresse où ont été jetées les cendres de son mari ; une autre rencontrée en début de soirée dans un casino où elle vient se consoler du départ de son mari avec l’une de ses élèves ; un homme qui, sur la plage de Biscarrosse, construit chaque jour un château de sable inlassablement détruit par la marée. Finalement, ce Bruit de la mer est une randonnée qui ne manque pas de charme et d'attraits.

Franck Maubert, Le bruit de la mer, Flammarion, 250 p., 20€