Epilogue d’une mésalliance II

Certes, il ne s’agit pas encore d’un parti structuré comme tel, organisé, enraciné sur l’entièreté du territoire, mais Futuro e Libertà, le mouvement officiellement lancé ce dimanche 5 septembre 2010 par Gianfranco Fini, est sans aucun doute de nature à bouleverser le paysage politique italien à court et à long terme.

Nous avons écrit il y après de six mois de la volonté de Gianfranco Fini de se poser en  alternative à Silvio Berlusconi au sein de la coalition de centre-droit (voir mon article Epilogue d’une mésalliance, 21 avril 2010). Depuis lors, les prises de positions critiques de l’actuel Président de la Chambre des Représentants à l’égard de la mal gouvernance berlusconienne se sont accentuées, se sont multipliées. Jusqu’à provoquer son expulsion, le 29 juillet dernier, du Parti de la Liberté, parti dont il est, avec Silvio Berlusconi, le co-fondateur.

Dans la foulée de cette décision aux accents staliniens (un comble de la part du dernier des pourfendeurs du bolchévisme), M. Fini a décidé de créer un courant politique enraciné à droite, d’inspiration libérale mais d’essence démocratique, modéré, voué au respect des prescrits constitutionnaux. Et nul ne doute en Italie que le mouvement se transformera rapidement un parti politique en bonne et due forme (parti auquel les sondages prêtent d’ores et déjà près de dix pour cent d’intention de vote). Si tel sera le cas, le paysage politique transalpin s’en trouvera durablement modifié, il s’agirait en effet de la naissance d’une force conservatrice à même de remplacer, tôt ou tard, une droite berlusconienne née sur les cendres de Mani pulite, une droite populiste, aux relents xénophobes, composée de colonels entièrement inféodés à la personne du Commandant suprême.

Voilà pour le long terme. Pour ce qui est du court terme, les bouleversements engendrés par la naissance de cette nouvelle force politique relèvent principalement de son positionnement stratégique. Non pas dans ou en dehors de la majorité gouvernementale, mais en appui conditionné à celle-ci. La stratégie mise au point par M. Fini est la suivante : Demeurer fidèle au pacte électoral conclu avec les électeurs ayant voté pour le centre-droit lors des dernières élections, et donc ne pas apparaître comme le bourreau de l’exécutif, tout en conditionnant sa survie. Cet aspect du pari est d’ores et déjà réussi : Près de quarante députés et dix sénateurs ont à ce jour rejoint les rangs de Futuro e Libertà. Ces chiffres sont tels que, désormais, sans l’appui des membres de Futuro e Libertà, plus aucun projet de loi ne pourra être adopté par la seule majorité au pouvoir. Une fois démontrée cette puissance politique que peu d’observateurs lui prêtaient avant le déchirement, M. Fini a proposé à ses anciens alliés de conclure un pacte de bonne gouvernance. En substance : Nous vous offrons notre appui, arithmétiquement indispensable à votre survie politique, vous vous engagez à ne plus proposer de lois ad personam, exclusivement vouées à assurer l’impunité de M. Berlusconi. Refus du Premier ministre et de sa garde rapproché. Motif : C’est une forme de chantage, si nous acceptions, disent-ils, l’appui conditionné de Futuro e Libertà se transformerait en une épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos tête durant tout le reste de la législature. Soyons de bons comptes : Le raisonnement de M. Berlusconi ne se prête à aucune objection. Comment pourrait-il conditionner son action gouvernementale, et en particulier une réforme de la justice dont le seul objectif est de lui éviter la geôle, au bon vouloir d’un félon ?

Alors, que faire ? Deux possibilités. La première est de remplacer numériquement les députés partis chez Futuro e Libertà par les centristes de M. Casini. Mais cette possibilité est tout bonnement inapplicable. Dans une telle éventualité, la Ligue du Nord, l’autre allié de M. Berlusconi, retirerait immédiatement son appui au gouvernement. Dixit Umberto Bossi. La seconde possibilité se nomme élections. Autrement dit, transformer une crise politique interne au centre-droit en une crise institutionnelle qui déboucherait sur des élections anticipées. Considérant la puissance médiatique de l’appareil berlusconien, sa capacité à monopoliser les temps d’antenne public et privé, son habileté à discréditer l’adversaire politique, cette stratégie s’avérerait très certainement payante. Et une fois le triomphe électoral assuré, la coalition de centre-droit repartirait sur de nouvelles bases, sans le chantage permanent de l’ex-allié récalcitrant. L’inconvénient est que le recours au vote n’est pas du ressort du Premier ministre. Seul le Président de la République a le pouvoir constitutionnel de dissoudre les Chambres et, en temps de crise, les probabilités sont grandes que M. Napolitano décide de former un gouvernement d’union nationale pour éviter au pays de sombrer dans le chaos.

En somme, nul ne peut prédire la tournure que prendront les événements. Le temps est aux rancoeurs et aux règlements de compte. Tout ce que l’on peut affirmer, c’est qu’en berlusconie, les semaines et les mois à venir promettent d’être durs car l’amitié politique y est ingrate, elle s’achète à prix d’argent et non par grandeur d’âme, et, comme en témoigne l’association Fini-Berlusconi, il semble qu’au pire moment, elle vous file entre les doigts.

#Berlusconi #GianfrancoFini

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