Eric Faye et Michel Quint: écrivains haut-de-gamme.

Il faut tenter de vivre, par Eric Faye, Stock, 176 pages, 17 € Fox-trot, par Michel Quint, Eloïse d’Ormesson, 330 pages, 20 €


En lisant Il faut tenter de vivre, je me suis surpris à penser à Modiano. On parle parfois, pour tel ou tel roman, et pas toujours à bon escient (paresse critique), d’une ambiance «modianesque». Or ce n’est pas vraiment de cela qu’il s’agit ici mais plutôt de phrases qui, me semble-t-il, auraient pu avoir été écrites par l’auteur de Dora Bruder, d’émotions ou de pensées qui pourraient être celles de ses héros. Déjà la triple temporalité du livre: le narrateur (Eric Faye lui-même comme il le signale en exergue, sans que pour autant jamais son livre ne prenne des airs d’autofiction) se souvient d’une époque ancienne (le milieu des années 90) où il a connu une jeune femme, Sandrine Broussard, qui lui a raconté son propre passé. Soit la décennie précédente au cours de laquelle, avec son frère, elle a escroqué par petites annonces des hommes en quête d’une compagne qui lui envoyaient de l’argent afin qu’elle les rejoigne à l’autre bout de la France. Si elle s’est enrichie, menant la grande vie dans des restaurants de luxe, la police a fini par repérer ses combines. D’où sa fuite à Bruxelles.


Ajoutons à cela les nombreux «noms d’emprunt» utilisés par l’héroïne, personnage forcément insaisissable entretenant des liens flous avec le narrateur qui ne révèle jamais la nature profonde de ses sentiments. Finalement, toutes ces références aux allures modianesques sont cohérentes avec une œuvre riche d’univers troubles, de personnages incertains, de sensations diffuses… Une œuvre dont l’un des fils rouges est un goût affirmé pour tout ce qui relève de l’astronomie, les planètes, le système solaire, etc., au sens propre mais aussi imagé. Or ce roman-ci s’ouvre sur cette phrase – «Vingt-trois années ne sont que des gouttelettes de temps, les particules d’un brouillard de siècles dans la vie de l’univers» – et se referme sur celle-ci: «Le jour où j’ai achevé ces lignes, j’ai lu qu’une planète hors du commun venait d’être découverte loin du système solaire. Elle flotte seule dans le vide, sans graviter autour d’une étoile ni appartenir à un collier de planètes.» A l’image du personnage?



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