Espace littéraire belge


A l’autre extrêmité temporelle, on peut découvrir, huit ans après sa parution chez Stock, Portement de ma mère, le texte le plus intime du très exigeant François Emmanuel. Mais pas le plus « facile », le plus évident. Car il faut véritablement entrer dans l’univers littéraire de cet ancien Prix Rossel (La Passion Savinsen), se laisser happer par son stye envoûttant et se glisser entre ses phrases pour pouvoir ainsi en déouvrir l’absolue et subjugante profondeur. Ici, sont donner à lire trente-deux tableaux évoquant le souvenir de celle qui, aujourd’hui, descend « dans l’abîme des morts ».

Chaque livre d’Espace Nord est à lire ou relire. Ils rappellent que nos lettres ne doivent rien aux autres par leur qualité, et notamment aux françaises si proches. Ouvrir les livres de Marie Gevers, par exemple, l’un des fleurons de la collection, dont le si émouvant Vie et mort d’un étang est à nouveau disponible,  c’est réinvestir un espace littéraire d’une pureté et d’une limidité qui a survécu aux modes et aux années. Il faut également citer Le voyage d’hiver de Charles Bertin, disparu en 2002, six ans après avoir été révélé à un large public grâce à La petite Dame en son jardin de Bruges. Ou Les marais, paru en 1942, premier roman de Dominique Rolin arborant vaillamment ses 96 printemps. Ou encore Supra-coronada, suite de textes du poète Jacques Crikillon, et Mon voisin, c’est quelqu’un, subtile mise à nu des mécanismes engendrant le fascisme décrite en 2002 par Vincent Engel sous le nom de son double littéraire Baptiste Morgan.