Etienne rencontre la chanteuse américaine Stacey Kent


Avez-vous jamais pensé à faire du cinéma, ou avez-vous reçu des propositions de rôles? Le cinéma est très intéressant car on y trouve un tas d’idées et de métaphores. J’ai déjà eu quelques petits rôles mais je ne cherche pas à faire du cinéma. Si ça vient, tant mieux. Je suis très contente avec la scène pour la musique en live.

Parlons un peu de votre dernier album ”raconte-moi”. Quand avez-vous eu envie de faire ce disque ?Il y a très longtemps en effet. Et c’était primordial de réaliser ce disque en français car bien que “petite américaine”, j ai toujours été sensible et amoureuse de la poésie et de la culture française. J’ai mis très longtemps pour faire ce disque. Pour trouver les chansons, et les musiques. De plus, n’habitant pas en France, il fallait que j’écoute les textes et les musiques qu’on m’envoyait aux USA. J’ai pris le temps. J’avais des notes, des petites idées, comme cette chanson intitulée “l’étang” que je connaissais depuis longtemps. Je savais que j’interpréterais cette chanson un jour, mais il fallait que je trouve aussi les autres chansons qui figureraient aussi sur mon album en français.

Quand j’ai découvert Barbara, j’ai tout de suite ressenti que je chanterais un jour ses chansons. C’est un énorme privilège de comprendre une langue étrangère, la poésie de mots qui ne sont pas les siens et d’en ressentir toute leur sensualité. C’est tout simplement divin!

Composez-vous et écrivez-vous les textes ?Je compose parfois les musiques, mais pas les textes. Je n’éprouve pas le besoin d’écrire ces paroles car j’aime interpréter les chansons des autres. Si un jour, j’en ressentais le besoin, alors j’écrirai mes propres textes. Mais pour l’instant, je me sens bien comme ça.

Outre le choix de compositeurs, en quoi vos deux derniers albums parus chez Blue Note sont-ils différents des précédents ? Equipe? Prestige de la firme? Les différences existent parce que je suis plus mûre, plus mature pour prendre le temps de faire mes albums. J’étais un peu dirigée dans mes premiers albums et c’est pour cela que je suis un peu déçue par ces disques. Aujourd’hui, j’aime prendre le temps de faire ce que j’aime; c’est à dire chanter. Mais ce n’est pas encore assez! Et j’espère encore grandir pour à cinquante ou soixante ans, être une artiste plus mûre, plus sage. Je suis quelqu’un qui désire toujours apprendre et étudier. L’année dernière, j’ai repris des cours de portugais. J’aime faire des tournées au printemps et en automne, car durant l’été je rentre chez moi pour me consacrer à l’étude.

Pourrait-on vous entendre un jour enregistrer avec une grande formation? Peut-être, mais je préfère faire ma musique en petit groupe comme je le fais pour le moment. J’aime la musique intimiste, ce coté vraiment tendre. Je ne dis pas que je ne ferai pas un jour, mais je ne le cherche pas d’une manière active.

Pourrait-on vous entendre chanter en duo? Oui, j’aimerais bien, je ne sais pas encore avec qui ni quand, mais j’aimerais beaucoup. Je le ferai volontiers avec Claire Denamur car quand j’ai découvert sa musique, j’étais vraiment émue. On a chanté une seule chanson avec cette artiste et c’était merveilleux.

Vous dites souvent que la France est l’endroit ou vous vous sentez si bien. Pourriez-vous y vivre? Oui, j’adore la France et j’adore y séjourner. Je n’aime pas les grandes villes et je préfère les coins tranquilles plutôt Sud ouest. Pour le moment, je n’y vis pas encore, mais cela viendra plus tard. J’en suis certaine. De plus, mon mari aime aussi beaucoup la France.

En quoi êtes-vous encore américaine? Je suis une américaine européenne depuis le début! Je suis un peu les deux en quelque sorte.

Il y a quelques années lors d’une interview, vous m’aviez dit que le président Auch n’était pas votre copain. Que pensez-vous d’Obama? Oui, je suis pro Obama. Seulement, il y a beaucoup de problèmes actuellement aux USA, et j’espère que ça va aller, On parle beaucoup de la santé et c’est une bonne chose.

Un jour, j’ai reçu une invitation à un concert de charité que vous donniez à Londres en soutien de la recherche pour le cancer du sein. Si cela n’est pas indiscret, êtes-vous concernée par cette maladie? Non pas vraiment mais je pense qu’il faut parler aux jeunes femmes de ces choses qui existent. C’est très important de rappeler aux femmes qu’il faut passer des mammographies. Car c’est très important. Bien sûr, il existe aussi d’autres causes, mais avec la vie trépidante que je mène, ce n’est pas toujours facile de s’impliquer à fond dans plusieurs causes. Mais je le fais quand je le peux.

A quarante ans, avez-vous des regrets, des grands projets, des rêves?

Non, je n’ai pas de regrets. Dans la vie, chaque fois que je fais des erreurs ou des fautes, cela me nourrit et cela m’aide à m’améliorer et à grandir. Je n’ai pas peur de rire de mes fautes ou de mes erreurs car j’en fais. Même si comme beaucoup de gens, je fais moins d’erreurs qu’à trente ans ou à vingt ans. Et cela, j’apprécie beaucoup cette évolution.

Les musiciennes que je rencontre me parlent régulièrement de la difficulté de choisir entre un enfant et une carrière internationale. Il n’est pas facile de concilier la vie d’artiste avec la vie de famille. Je suis toujours en tournée, pas souvent chez moi. Je n’envisage pas d’enfants pour le moment. Je pense même que si je ne faisais pas une carrière d’artiste, je n’en aurais pas non plus désiré. Je n’y pensais pas non plus quand j’étais plus jeune.

Comment êtes-vous avant les concerts? Calme ou anxieuse? Y a t il quelque chose qui puisse vous perturber? Je ne suis pas du tout anxieuse avant les concerts. Ce qui me perturbe, c’est de parler trop avec les gens avant les concerts, car j’aime me retrouver avec mes musiciens et être seule avec eux. Ils aiment aussi se retrouver avec moi avant les événements et cela me perturberait de ne pas pouvoir me réserver ce moment d’intimité avec mes musiciens avant de jouer. Le concert est un moment de concentration, et c’est pourquoi je préfère faire les interview bien avant ou après les concerts.

Un souvenir from Belgium? Je me souviens du festival de jazz de Gand qui se déroule sous une énorme tente. On y laissé deux arbres qui sont dans le parc hors festival. C’était l’après-midi et c’était vraiment délicieux. J’aime beaucoup ce contact avec la nature, avec la terre…

En 2004, je vous avais posé la question de la baguette magique. Qu’en feriez-vous si je vous en procurais une nouvelle aujourd’hui, qui ne fonctionnerait qu’une seule fois. Je m’en servirais pour être capable de parler parfaitement le portugais, de jouer très bien de la guitare pour être enveloppée dans un monde de bossa nova. Mais ça, c’est quelque chose que je fais déjà et donc cela ne serait pas vraiment magique. J’ai beaucoup de chance dans la vie. Lorsque vous m’aviez posé cette question en 2004, j’ai répondu que je n’avais pas besoin de cette baguette magique puisque j’avais tout. Disons qu’elle a déjà servi une fois pour m’offrir tout ce que j’ai la chance de vivre aujourd’hui!

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