Evictions

Coïncidence dans laquelle certains des intéressés auraient trouvé sujet à billet : le jour même où le Président Obama limogeait le général Stanley McChrystal, chef des forces internationales en Afghanistan, le Président de Radio-France, Jean-Luc Hees, et le directeur de France Inter, Philippe Val, licenciaient les deux chroniqueurs les pus insolents de la République, Stéphane Guillon (qui tenait la chronique à 7:45) et Didier Porte (qui officiait dans l’émission du Fou du roi, orchestrée par Stéphane Bern et tenait également chronique le matin).

Il n’y a évidemment pas grand-chose de commun, sinon le fait (le licenciement), la date et le motif, que l’on pourrait résumer en un mot : irrévérence. Dans le cas du général, nous sommes dans un cadre militaire et guerrier, qui plus est une guerre qui s’enlise et qui coûte très cher en vies humaines ; dans le cas de Guillon et Porte, il ne s’agit “que” d’humour. Le général et le Président des Etats-Unis jouent dans un même jeu, où les règles sont connues et strictes ; cette sanction était prévisible et elle a sa logique.

Cependant, Hees, Val, Guillon et Porte jouent aussi dans un même jeu : celui de la presse radio, celui de l’information, celui de l’esprit critique qui doit régner sur des antennes, surtout lorsqu’elles sont du service public. Et puisque les règles, ici, sont sous la coupe d’un principe premier, celui de la liberté, elles deviennent plus délicates à manier. Surtout lorsque ceux qui se retrouvent dans la position du chef ont été, hier, des journalistes libres, indépendants, voire des chroniqueurs particulièrement irrévérencieux. Et c’est évidemment sur cette faiblesse que Guillon et Porte ont porté le fer avec acidité et verve depuis qu’un premier avertissement est venu les frapper pour des attaques plus féroces sur l’une ou l’autre éminence de la Sarkozie.

Bien sûr, ils ont parfois exagéré. Bien sûr, on peut trouver que ce ne fut pas toujours du meilleur goût. Mais ceux qui se réfèrent à Desproges pour leur reprocher leur vulgarité ou leur “absence d’humour”, ou pour les comparer à des “petits tyrans”, feraient mieux de réécouter Desproges, lequel aurait sans doute été le premier – comme l’ont été Guy Bedos et Guy Carlier – à défendre les deux “comiques” qui ne font pas rire le pouvoir.<br>Hees et Val se sont retrouvés dans la position impossible de ce pouvoir dont se moquaient les Yippies des années soixante. Le principe était simple : provoquer. Ce qui comptait n’était pas la revendication, mais la position impossible dans laquelle on mettait le pouvoir. Soit il refusait d’entendre et réprimait, et les contestataires criaient au despotisme et à l’injustice ; soit il cédait et se montrait ridicule, d’autant que toute concession donnait aussitôt naissance à des revendications encore plus extrêmes. Le pire, pour les Yippies, aurait été d’être entendu et accepté.

Ils ne se doutaient peut-être pas qu’il y avait pire encore : ne pas être écouté du tout. Faire comme s’ils n’existaient pas, répondre à la provocation par l’indifférence. C’est ce qui, grosso modo, s’est passé pour eux. Ils se sont fondus dans la masse des post-soixante-huitards et sont devenus, comme le disait Coluche, “chef-choucroute chez Carrefour”.

Que deviendront Guillon et Porte ? Surtout, que deviendront Hees et Val, qui doivent leur poste, quoi qu’ils en disent, à Nicolas Sarkozy, lequel doit bien rigoler – car il y a quelque chose de diabolique dans ce qui pourrait bien être une stratégie présidentielle, qui sème la zizanie et le discrédit chez ses opposants en offrant à certains des postes de pouvoir, et en les laissant éliminer ceux qui critiquent trop cruellement la manière dont la République est gouvernée ? Romain Gary disait, plus ou moins, que ce qui est véritablement respectable n’est jamais atteint par l’irrespect. Jean-Luc Hees et Philippe Val sont des personnalités éminemment respectables et des journalistes de premier rang ; il est dommage, dans cette histoire, qu’ils n’aient pas trouvé un autre moyen pour gérer cet irrespect, lequel les a contraints à adopter une décision qui les met en contradiction avec les principes et la pratique qui ont fait leur réputation. Guilon et Porte retrouveront sans doute rapidement une antenne qui se réjouira de faire ainsi la nique au service public ; à long terme, il est probable que Hees et Val seront les véritables victimes de ce licenciement. Pour autant que la République ait de la mémoire, ce qui est loin d’être prouvé.

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