Eyjafjallajökull

Les catastrophes ont toujours de drôles de noms. Les habitants du Beau Pays se rappelaient encore le jour où ils avaient découvert Tchernobyl, sa centrale nucléaire et son nuage radioactif qui avait eu la caractéristique extraordinaire de s’arrêter pile à leur frontière et de les épargner.

On avait fait des progrès depuis, heureusement : de nos jours, beaucoup plus difficile aux autorités de mentir aux bons peuples. Il aurait fallu pour cela qu’elles s’entendent par delà les frontières pour cacher la vérité. Décidément, Eyjafjallajökull était un progrès pour l’humanité. Pour une fois les Français se sentaient solidaires d’autres peuples, noyés sous les mêmes particules invisibles que les autres, plongés dans le même silence insolite, celui où, au lieu d’entendre les réacteurs des avions on entendait les oiseaux.

Le volcan islandais avait d’autres vertus, outre celle de faire parler de l’Islande (le dernier Français à avoir eu une pensée pour eux était Victor Hugo. Et encore ! Han d’Islande se passe… en Norvège !). Par exemple, il mettait à égalité les sous-stars du paf,  le pékin moyen touriste malchanceux coincé dans un pays lointain où sa bourse fondait en attendant un vol vers le Beau pays, et les chefs d’Etat empêchés d’aller assister aux obsèques du jumeau polonais qui avait péri à bord d’un avion, justement. Jusqu’à la Chancelière allemande qui avait été obligée pour rentrer à la maison puis au bureau, d’emprunter un autocar depuis l’autre bout de l’Europe. Quant à Sarkozy, son rêve le plus cher était accompli, enfin : être à la hauteur d’Obama. Pas plus que son propre avion, Air Force One n’avait été capable d’affronter le nuage méphitique.

Sans compter qu’Eyjafjallajökull se révélait être le meilleur test d’élocution pour les journalistes de la presse audiovisuelle et qu’il permettait  à peu de frais de rire en les entendant « savonner ». Pourquoi fallait-il que les catastrophes aient des noms à coucher dehors ? Parlez-nous de catastrophes bien françaises ! Parlez-nous de Malpasset, de Paris crue 1910, de la montagne Pelée cru 1902,  Ermenonville, Beaune… que des noms bien de chez nous. Que faisait Besson ? Là, c’était le moment de bouter hors nos frontières les catastrophes venues de l’étranger ! Eyjafjallajökull avait-il un titre de séjour valable ? Centre de rétention et ouste, retour à l’envoyeur ! Car, comme dirait Hortefeux en parlant de ses fameux « Auvergnats », un Eyjafjallajökull, « ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ! »

Evidemment, il y avait les petits malins qui essayaient de trouver un petit nom au volcan d’Islande, comme le Parisien dimanche qui l’avait rebaptisé en Une « Eyjafjöll ». Des paresseux, oui ! Qui flattaient les plus basses préventions des Français contre les langues étrangères.

Grâce à Eyjafjallajökull, on mesurait enfin, sans qu’il soit besoin de sondage, qui comptait vraiment parmi ceux qui nous dirigeaient : le président ? Discret (La situation doit être grave). Kouchner ? La chemise ouverte des grands jours et des soupirs plus compassés et épuisés que jamais pour tenir à peu près le même discours que l’agent commercial moyen derrière son guichet à l’aéroport : celui de l’impuissance. Mais Borloo, enfin, sortait du bois, en vrai patron de l’écologie, des nuages, de la prévision météo et de la stratégie logistique. Du gouvernement, quoi ! Il s’était même offert la manchette du JDD pour affirmer à propos du nuage de cendres : « Cela peut durer ! » Quelle manchette ! Quelle assurance ! Quelle pertinence ! Contre la planète Terre qui faisait des siennes, on pouvait compter sur lui !

Le volcan Eyjafjallajökull avait eu une dernière et salutaire action : il avait couvert de cendres la tête du pape au delà du Mercredi éponyme réservé à cela dans sa religion, et ses diaboliques vapeurs lui avait irrité les yeux de sorte qu’il  avait paraît-il versé une larme sur la pédophilie.

Un don du ciel, ce sacré volcan Eyjafjallajökull !

Jusqu’à mardi prochain.

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