Fatale Milan pour le <i>Cavaliere</i> ?

Silvio Berlusconi avait fait des élections locales de ce mois de mai 2011 un vote plébiscitaire sur sa personne. Il devait s’agir pour les électeurs transalpins de ratifier non pas tant une politique gouvernementale, l’action sociale, économique ou culturelle de la coalition au pouvoir mais d’endosser le rôle d’arbitre dans le conflit que se livrent, depuis près de dix-sept ans à coup de mises en accusation et de lois ad personam, la magistrature et le premier ministre.

Dans cette optique, la ville de Milan, berceau de l’ascension berlusconienne, économique puis politique, cœur de l’empire télévisuel du Cavaliere, avait valeur de symbole. C’est à Milan que sont apparues par milliers, peu avant le premier tour, les affiches électorales assimilant la magistrature aux brigades rouges. C’est le maire de la capitale lombarde, Letizia Moratti, une proche de M. Berlusconi, qui, la première, a attaqué son opposant lors d’un duel télévisé en lui imputant une condamnation pour des faits de violence pour lesquels il avait été acquitté par la justice il y a près de trente ans. C’est pourquoi la défaite de la candidate de centre droit, par plus de dix points d’écart, est avant tout une défaite personnelle de M. Berlusconi. A fortiori si l’on tient compte de son implication sans précédent dans l’entre-deux-tours. Son message électoral diffusé en simultanée le 20 mai dernier sur les cinq journaux télévisés publics et privés les plus regardés du pays est un fait politique sans précédent. Au même titre que ses déclarations faisant du candidat de centre gauche milanais, Giuliano Pisapia, « le favori d’Al Qaida et des Roms. » Relevons qu’en voix de préférences, M. Berlusconi a perdu, au regard du scrutin de 2006, près de 50% des suffrages. Sa cote de popularité, mesurée à la sortie des urnes, le place désormais à 30%, au lieu de 60% il y a moins de trois ans. Le Peuple de la Liberté, son parti, connaît pour sa part une chute de près de 12% sur la même période. Mais la défaite de M. Berlusconi ne s’arrête pas dans la capitale lombarde. Ainsi, les villes de Naples et de Cagliari ont-elles aussi, contre toute attente, basculé dans l’escarcelle du centre gauche. De même que Trieste et Novara, forteresses de la Ligue du Nord depuis près de vingt ans.

Il va sans dire que ce séisme électoral risque de laisser des traces au sein de la majorité gouvernementale. Car ce qui est désormais remis en cause est l’invincibilité de M. Berlusconi, véritable liant de la coalition. L’allié stratégique du premier ministre, la Ligue du Nord, numériquement indispensable à la survie de l’exécutif, a d’ores et déjà fait gronder la menace : si l’alliance ne nous garantit plus la victoire, mieux vaut peut-être que nos routes se séparent. D’autant que l’appui inconditionnel de la Ligue à M. Berlusconi a probablement coûté à celle-ci plusieurs milliers de voix dans l’ensemble du pays : le recul est net par rapport aux régionales de 2010 et aux législatives de 2008.

Pour autant, peut-on s’attendre, à brève échéance, à une chute du gouvernement ? Probablement pas. Tout d’abord parce que la Ligue du Nord elle-même n’y a pas intérêt : M. Berlusconi reste malgré tout sa meilleure garantie d’un ancrage national. En outre, le paysage politique italien ne présente pas d’alternative solide pour un électorat conservateur, libéral, catholique, sociologiquement majoritaire dans le pays. Le seul résultat tangible obtenu à ce jour par Gianfranco Fini, l’ex allié postfasciste ayant désormais fondé son parti, est d’avoir empêché la victoire de Silvio Berlusconi dans un certain nombre de villes et provinces. Malgré son alliance avec les forces centristes, M. Fini n’est en effet pas allé, à de rares exceptions près, au-delà des 5% des suffrages exprimés.

Enfin, tout porte à croire que ces élections sont pour le centre gauche une victoire certes éclatante mais qu’elle a fort peu contribué à forger. Les candidatures victorieuses à Naples et à Milan n’émanent pas du Parti démocrate, le principal parti d’opposition, mais de mouvements contestataires, situés sur sa gauche. Ou sont le fruit de personnalités hors normes, comme dans le cas de Luigi de Magistris, qui a réalisé un raz-de-marée avec plus de 60% des voix à Naples. De même, les scores réalisés par l’humoriste Beppe Grillo, à la tête d’un groupement profondément apolitique, sont exceptionnels : 5,5 % à Milan et 9,5 % à Bologne.  La défaite de M. Berlusconi ne se traduirait donc pas forcément en une victoire d’un programme de centre gauche d’essence social-démocrate et voué à une alliance avec les centristes, tel qu’il serait présenté dans le cadre d’une éventuelle élection législative. Bref, gardons-nous de tirer des conclusions trop hâtives du séisme électoral de ce 30 mai : rien n’indique que Milan sera fatale à M. Berlusconi comme elle le fut, en d’autres temps et en d’autres circonstances, à Benito Mussolini et Bettino Craxi après leur avoir, à eux aussi, servi de tremplin.

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