Fin de Copenhague

Ainsi, nous serions arrivés à l’heure H de la seconde S du moment M où, si j’en crois des sources concordantes, on entre, par-delà la conscience du fait, dans les enjeux réels et véritables de l’avenir. Le Ministre français de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo, les définit en ces termes : «Va-t-on vers une humanité de la mesure et du respect, ou traite-t-on le respect comme une valeur individuelle mais pas collective ?». D’autres, moins férus de beau style à la française ou simplement plus directs, affirment que le monde, littéralement, «joue sa tête» au Danemark (j’ignore si un pèlerinage sur les remparts du Château d’Elseneur est prévu pour les participants). Il serait donc plutôt opportun d’éviter l’échec lors de la Conférence de Copenhague, du 7 au 18 décembre, réunie sous l’égide de l’ONU et de sa Convention cadre sur le changement climatique, et qui doit préparer l’après Protocole de Kyoto, qui prend fin en 2012. Cela dit, quel genre de succès peut-on attendre d’un tel sommet ? Pour commencer, ce n’est pas être un mauvais coucheur que de rappeler que les engagements de Kyoto, en 1992, n’ont jamais été respectés. On salue la volonté nouvelle des américains de s’impliquer dans le processus pour sortir la planète de l’ornière (une preuve de plus que les deux mandats de George W. Bush n’ont été que huit années perdues…) ; mais c’est jusqu’ici un abusif trompe-l’œil, puisque Barack Obama propose une réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 2005, et non à ceux de 1990. C’est que, entre-temps, les émissions des pays industrialisés ont augmenté de 14% : de sorte que la réduction réelle par rapport à la référence d’origine ne serait que de 3 ou 4 %. Et la Chine ? Qui pourrait lui reprocher de privilégier son développement économique, incontestable levier, dans son esprit, pour la réduction de la pauvreté ? D’ailleurs, les Occidentaux eux-mêmes les incitent à une croissance élevée, leur permettant de fabriquer et de leur vendre des produits à prix cassés. On n’a pas fini d’en voir, avec les Chinois : selon un expert, «le pays a besoin d’une croissance de 8% pour lutter contre la pauvreté. Or, même si elle baisse de 5% par an, son intensité carbonique peut très bien être à + 30% d’émissions de gaz à effet de serre en 2020». Sacrée équation… Il est vraiment fâcheux que l’instant I où la planète surexploitée s’avère à bout de souffle soit précisément celui où l’économie de son pays le plus peuplé décolle à la verticale. A cet égard, et en guise de piqûre de rappel, je conseille la vision de Manufactured Landscapes, un film sur les travaux du photographe canadien Edward Burtynsky, qui montre la transformation des paysages (nouvelles matières, nouvelles couleurs, nouvelles formes) par les avancées de l’industrie standardisée, entre autres dans des villages voués exclusivement au recyclage des déchets et des composants électroniques, des plastiques et des métaux : ceux-ci pénètrent dans le sol et dans la nappe phréatique sous l’action des pluies et finissent par polluer les rivières, de sorte que, désormais, l’eau doit être importée – bref, ce que la nature n’avait pas prévu ! Alors, quoi ? La présence d’un grand nombre de chefs d’Etats peut-il être un gage pour que le Sommet accouche d’un texte clair, avec des objectifs précis et des moyens d’action bien déterminés ? Ne doit-on pas y déceler la menace d’un déluge d’eau tiède et de proclamations minimales arrachées aux forceps après d’âpres négociations sur la position de telle virgule ? En tout cas, le vrai dilemme est là : peut-on vraiment croire que le «marché du carbone», avec son quota d’émissions de CO2 assuré et la revente des émissions non consommées dans une «bourse», fut-elle virtuelle, aux entreprises moins regardantes, soit la panacée ? La concurrence, la loi de l’offre et de la demande : on connaît la chanson ! Mais si les Etats seront incapables de renflouer une seconde fois les banques en déconfiture après la crise financière de 2008, l’état du monde n’incite même pas à penser qu’une opération de sauvetage pour lui soit jouable une seule fois. A vrai dire, pour dire sa religion, la grand-messe de Copenhague, où chacun prêchera d’abord pour sa chapelle, ne peut, en guise de nouvelle liturgie, que produire une hérésie.

#conférencedeCopenhague #Kyoto

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