Fléaux, féaux

En ces jours là, le fléau de la justice n’avait jamais si bien porté son nom. A la fois levier de la balance à la recherche d’équilibre et de droit, et arme contondante prompte au châtiment. Qu’elle fût aveugle ou clairvoyante, la justice qui passait s’arrêta sur le pays de France, menaçant comme par un cynique hasard du calendrier tant de puissants en même temps que les croyants y virent un message du Ciel lui-même contre les égarements des Grands. Toute la semaine avait donc passé avec son lot de frissons et d’annonces. Un ancien premier ministre, M. de Villepin, suspendu au délibéré de ses juges comme à un croc de boucher, faisait bonne figure en rassemblant dans le camp des opposants au petit roi ses premiers fidèles qui feraient un jour figure de premiers chrétiens des catacombes. Le combat lui redonnait des couleurs. Un ancien ministre de l’Intérieur baptisé « le Redoutable » pour ses opérations en sous-marin plus encore que pour la sainte terreur qu’il faisait peser sur ses ennemis, Charles Pasqua, était condamné à un an de prison ferme et deux avec sursis. « Je les emmerde », tonna-t-il. Pasqua qui grognait comme un grognard qu’il avait toujours été du temps du pastis ne se résoudrait pas à l’eau claire des cachots noirs d’une république qu’il ne reconnaissait plus et qui voulait porter atteinte à son honneur comme il disait. Et il menaçait de balancer comme dans un vieux film de truands, présidents et ministres qui avaient approché de près ou de loin les affaires qui finissaient par ressortir. Il avait 82 ans et tous ses crocs de vieux lion prêts à déchiqueter encore. L’odeur du sang lui donnait une nouvelle jeunesse. Au dernier jour avant la Fête des Défunts, l’ancien président Chirac apprit depuis le Maroc où il fourbissait ses armes et son bronzage pour la sortie du premier tome de ses mémoires, qu’il était renvoyé en correctionnelle comme un quiconque ci-devant pour des emplois fictifs du temps qu’il était maire de Paris la Grand’ville. Eh quoi, tant d’années après ? s’effrayait-on. Ne pouvait-on laisser en paix cet homme de bientôt 77 ans récolter en paix les fruits blets de sa mémoire ? Quoi, le traiter comme un vulgaire cinéaste de 76 ans pour des faits tout aussi anciens ? BHL se mettrait-il en croisade de nouveau pour défendre le sort fait au vieux prince consort de la Dame aux Pièces jaunes comme il le faisait avec insistance et lourdeur pour Polanski ? En tout cas, à la veille de disparaître par la volonté d’un homme, non, non, non, le juge d’instruction n’était pas mort, car il frappait encore. Quant à Chirac, se déclarant « serein », il était déjà déterminé à transformer en pschitt ce nouvel épisode abracadabrantesque. L’adversité lui redonnait la vie. Enfin passait devant le tribunal populaire de l’opinion publique le président, ses féaux et son petit maréchal exécuteur volontaire des basses œuvres, qui voulaient faire croire qu’il fallait relancer de toute urgence l’exaltation de la Terre de France et le débat sur l’identité nationale ; personne ne doutait qu’il s’agissait là de basses fins électorales. Il suffisait aux plus sages comme l’ancien premier ministre Juppé, ou à Villepin qui faisait feu de tout bois, de qualifier d’inutile la relance du débat. Il suffisait de rester fidèle à la liberté, à l’égalité, à la fraternité. Il suffisait de se rappeler la définition de la nation, suffisante et nécessaire du regretté professeur Burdeau, quand même plus récent et synthétique que le bon vieux Renan : « La nation est un rêve d’avenir partagé ». Mais que restait-il du rêve, de l’avenir et du partage ? Bref, un temps de Toussaint comme on disait, avec des vents mauvais porteurs de la peste du rhume qui arrivait enfin au grand soulagement de ceux qui avaient endetté l’État pour acheter des masques plus sinistres que ceux d’Halloween et des vaccins controversés. Des odeurs nauséabondes remontaient des caniveaux et des rues où étaient crachées les fumées délétères et toxiques des éboueurs de feuilles mortes qu’on ne ramassait plus hélas à la pelle comme dans la chanson, mais avec des engins broyeurs pollueurs de pays riches et fatigués. Et les fidèles qui s’en allaient honorer leurs tombes, non sans avoir contribué à remplir les cimetières en conduisant trop vite et en faisant des victimes sur les routes du royaume, semblaient avec leurs chrysanthèmes suivre le convoi funéraire de nos illusions perdues. Jusqu’à mardi prochain.

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